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  • Changer la planète : la voie du désir ?

"Changer la planète, la voie du désir", ainsi était nommée à Lift 2009 la session consacrée au "green design", un titre qui résume bien les difficultés et les ambiguïtés propres à ce sujet. Comment rendre les transformations nécessaires à la sauvegarde de notre environnement souhaitables, désirables ? Comment combiner écologie et innovations ? Et finalement, comme l'a souligné l'un des…

“Changer la planète, la voie du désir”, ainsi était nommée à Lift 2009 la session consacrée au “green design”, un titre qui résume bien les difficultés et les ambiguïtés propres à ce sujet. Comment rendre les transformations nécessaires à la sauvegarde de notre environnement souhaitables, désirables ? Comment combiner écologie et innovations ? Et finalement, comme l'a souligné l'un des intervenants, Dennis Pamlin, est-ce bien la planète qu'il faut changer, ou nous-mêmes ?

Mesurer les conséquences des innovations

Dennis Pamlin par CentralasianDennis Pamlin, conseiller en politique globale auprès du WWF, nous a rappelé quelques éléments de base sur l?état de la planète. Ainsi, nous avons atteint cette année le chiffre alarmant de plus d?un milliard d?humains vivant en état de famine. Ce qui évidemment rend un peu futile bon nombre des ?innovations? existantes. De même, il nous a rappelé que 40% de la population était de nationalité indienne ou chinoise (pour illustration, un seul participant à la conférence était originaire d?une de ces deux régions). Une perspective historique permet d'ailleurs de réévaluer la place de ces deux puissantes nations : ainsi, il est absurde de dire que la Chine et l?Inde sont des puissances ?émergentes?. Au cours des deux derniers millénaires, ce sont elles qui sont apparues comme les deux plus grandes économies mondiales. L'Occident ne s'est révélé qu'au cours des 300 dernières années. Il serait donc plus juste de parler de puissances ré-émergentes et plus sage de les considérer comme les principales cibles et moteurs de l'innovation future. Enfin, dernier chiffre, bien connu : nous sommes 10% à utiliser 60% des ressources disponibles. Et la plupart des innovations concerne cette toute petite élite.

Conservant cela à l'esprit, quels doivent être les défis que doit relever une innovation aujourd'hui ? Pamlin en repère trois :

  • le défi des 9 milliards : Chaque fois qu?on élabore un nouveau système, une innovation d?un type quelconque, il ne faut pas oublier de se demander si elle pourra être accessible aux 9 milliards d?êtres humains qui peupleront la Terre en 2050. Si ce n?est pas le cas, nous créons dès aujourd?hui un problème d?équité.
  • Lorsqu?une entreprise crée quelque chose, donne-t-elle plus qu?elle ne prend ? Il n?est pas forcément grave d?utiliser beaucoup de ressources, si le produit proposé s?avère à long terme économique et positif. Ainsi, une entreprise de fabrication d?éoliennes, par exemple, peut consommer beaucoup car ses productions aideront ensuite au maintien de l?équilibre climatique.
  • Quelles sont les conséquences d?une innovation ? Ne concernera-t-elle que les riches ? Aura-t-elle une action positive à long terme ou à court terme ? Là aussi, une invention ayant une action à court terme sur une population pauvre peut s?avérer tout à fait positive. Un exemple en est la machine à laver open source présentée à Lift. Une bonne partie des femmes du monde passe son temps à laver, et un tel système peut présenter une amélioration significative de leurs conditions de vie.

Lift France 09: Dennis Pamlin: Changing the Planet from Lift Conference on Vimeo.

Quel est le but de l'innovation ?

Le designer John Thackara, tout comme Dennis Pamlin, a insisté sur la nécessité d?établir des filtres pour déterminer si une innovation possède ou non une valeur positive.

Il a remis en cause la valeur de certains mots en vogue, qui selon lui nous maintiennent dans une illusion confortable sur l'état de la planète. Au premier plan, le mot “futur”, qui tend à nous faire oublier l'action présente. Ensuite, la notion “d'innovation”, qui ne doit pas être considérée systématiquement et sans condition comme positive. Quel est le but d'une innovation ? A quelle question répond-elle ? A quoi répond, par exemple, l'internet des objets ? S'il ne constitue pas une solution à une problématique clairement posée, il est inutile d'y investir le moindre euro. Pour Thackara, une innovation est bonne si elle maintient la valeur et l?intégrité de la biosphère, sinon elle est inutile ou dangereuse.

John Thackara par Frank Kresin
Image : John Thackara par Frank Kresin.

Nous entrons, a-t-il expliqué, dans une phase ou sera moins valorisé ce que nous créons que ce que nous maintenons ou restaurons. “Nous ne serons pas jugés, au final, par ce que nous avons créé, mais par ce que nous avons refusé de détruire”.

La notion de numérique a ensuite été l'objet de ses critiques. Pour lui, il s'agit d'une couche supplémentaire qui s?ajoute à l?infrastructure de l?industrie globale et amplifie ses effets, y compris les plus négatifs. Mais il y a plus profond : le “numérique” n'est pas analogique, sa logique est différente de celle de la nature et cela contribue à nous éloigner encore plus du monde, de nos corps, et du réel.

John Thackara a ensuite présenté certains exemples de projets qui pourraient nous aider à surmonter la crise écologique. Premier exemple, les ?Transitions Towns?, ces cités dans lesquelles des groupes de citoyens reprennent en main, au niveau local, des activités telles la création et la distribution de nourriture, le traitement des déchets, etc.

Le processus fondamental de tels projets consiste à se demander quelles sont les ressources déjà en notre possession, par exemple dans le domaine de la nourriture, et comment il est possible de les reconnecter pour obtenir un système viable au niveau local. Il a montré ainsi une carte des “marchés de fermiers” dans le sud de la France et expliqué qu'une telle cartographie permettait justement de comprendre les meilleurs moyens d'organiser la création et la distribution de nourriture, sans revenir à une idéologie primitive, mais en utilisant au contraire la science, la technologie pour faciliter ce nouveau type d'organisation.

Le grand défi de tels projets, a expliqué Thackara, n'est pas d'ordre technologique et ce n'est pas non plus une question de modèles économiques, c'est d'arriver à gérer la complexité sociale qui consiste à mettre en relation une multitude d'acteurs (propriétaires terriens, agriculteurs, commerçants, etc.) de manière optimale.

Après avoir traité le sujet de la nourriture, Thackara s'attaque au problème de la santé. ll rejette là aussi les solutions purement technologiques, qualifiant par exemple le projet d'abolir le vieillissement d'idée “malade”, et s'intéresse plutôt à des méthodes d'ordre social pour faciliter la relation patient-médecin, comme Myca, une plateforme médicale de type Facebook mettant en rapport ces deux populations et facilitant ainsi la relation avec les professionnels de santé (il nous semble toutefois que Myca répond bien plus aux problématiques du système de santé américain qu'à la situation française, très différente comme chacun sait).

Troisième besoin fondamental, après la santé, le logement. Thackara a brièvement présenté Monumento, projet brésilien consistant à rénover des immeubles de bureau abandonnés à Sao Paulo pour les redonner à des communautés d?habitants issus des favelas.

Comment des concepteurs d'outils peuvent-ils s'intégrer dans ce genre de projet ? Essentiellement en créant des systèmes qui permettront de voir les choses plus clairement, en rendant visibles les ressources nécessaires et bien sûr en mettant en place des plateformes permettant de partager ces ressources. Mais la réalisation de tels outils ne peut se faire dans l'abstrait, elle doit s'effectuer à partir des situations réelles, en liaison avec les communautés sur le terrain.

Liftfrance09: John Thackara from Lift Conference on Vimeo.

développement durable, design, liftfrance09

  • Gunter Pauli : ?Il ne faut pas polluer moins, il faut arrêter de polluer?

?Aujourd?hui, on donne des prix environnementaux aux hommes d?affaires qui annoncent qu?ils vont polluer un peu moins. Mais il ne faut pas polluer un peu moins : il faut arrêter de polluer.? C'est sur cette base, qui pourrait paraître totalement provocatrice, que Gunter Pauli a planté le décor de son impressionnante intervention (voir la vidéo). Gunter Pauli est un industriel…

?Aujourd?hui, on donne des prix environnementaux aux hommes d?affaires qui annoncent qu?ils vont polluer un peu moins. Mais il ne faut pas polluer un peu moins : il faut arrêter de polluer.? C'est sur cette base, qui pourrait paraître totalement provocatrice, que Gunter Pauli a planté le décor de son impressionnante intervention (voir la vidéo).

Gunter Pauli est un industriel belge qui, dans les années 90, a lancé une société fabricant des produits biologiques pour la lessive et la vaisselle, Ecover. Il a conçu son usine pour qu'elle soit complètement biodégradable : tous les matériaux pouvant être démontés et réutilisés. Il innova même par exemple en payant ses employés jusqu'à 50 centimes d?euros par kilomètres parcourus pour qu?ils viennent en vélo à l?usine, jusqu?à ce que la justice belge le condamne pour cette initiative qui sortait des cadres du droit du travail? Il a dirigé Ecover jusqu?à ce qu?il découvre que les produits qu?il utilisait (l?huile de palme notamment) étaient responsables de la déforestation et de la disparition des Orang-Outan en Indonésie. Il vendit alors son entreprise pour se consacrer à la recherche de solutions alternatives à nos modes de développement. Pour être un vrai pionnier de l'écologie, il lui fallait trouver des matières premières qui régénèrent la forêt tropicale, pas l'inverse.

Pour l?exposition universelle de Hanovre en 2000, il contribua à réaliser un pavillon (le Guadua Pavilion de Manizales) construit uniquement en bambou, afin de montrer que le bambou - le matériel de la pauvreté, celui avec lequel plus d?un milliard de personnes dans le monde construisent leur maison -, pouvait être un matériel durable et de qualité. Un véritable acier végétal. Cette réalisation a changé le regard que les pauvres portaient sur ce matériau.

?Il faut changer fondamentalement nos façons de penser. Nous devons créer des chemins pour que nos enfants imaginent un futur différent afin qu?ils ne répètent pas nos erreurs?, explique Gunter Pauli.

Gunter Pauli par Ivo Näpflin pour la LiftConference
Image : Gunter Pauli par Ivo Näpflin pour la LiftConference.

C?est par des réalisations comme celle-ci que Gunter Pauli a mis au point sa théorie et méthodologie de la ?pollution zéro? qui a donné le nom de son Institut de recherche (Zero emission research institute). Pour Pauli, faisant référence à la dynamique de la croissance mise au point par Adam Smith, on a trop exploité les facteurs de la division du travail et de l'accumulation du capital au détriment des matières premières, gaspillées sous forme de déchets. “Le développement durable c?est la capacité de répondre aux besoins de tous avec ce dont nous disposons. Chaque système naturel, dont il s?inspire totalement, fonctionne avec ce qui est disponible. Or depuis des années, notre économie, comme notre système financier, a fonctionné avec ce qui n?existe pas.” Un système qui n?a cessé de produire du chômage, de la pollution, des déchets et de la pauvreté? dénonce l'entrepreneur écologiste. Aujourd?hui, l?économie américaine gaspille chaque année 1 000 000 000 000 de dollars pour gérer ses déchets ! ?C?est une folie !?, clame Gunter Pauli. ?On ne met pas l?argent au bon endroit !?

S'inspirer des systèmes naturels

Il faut en revenir à la satisfaction des besoins fondamentaux (l?eau, la nourriture, le logement, la santé, l?énergie, l?emploi, l?éthique) et stimuler l?entrepreneuriat dans ce sens. La science hélas n?est pas liée à la satisfaction de ces besoins fondamentaux. ?Les systèmes naturels sont mon inspiration?. Nous nous devons de ne générer aucune pollution, aucun déchet, aucun chômage? explique-t-il le plus calmement du monde.

De quoi avons-nous besoin pour arriver à une société durable ? D?abord, y croire. Avoir une pensée positive. Se dire que c?est possible. Il faut s?engager dans un apprentissage créatif pour comprendre comment fonctionnent les systèmes naturels et nous en servir pour que les transformations s?accomplissent. On a besoin d?une innovation massive et de nouveaux modèles commerciaux pour y parvenir. Mais dans les écoles de commerce, le modèle économique qu?on apprend consiste à investir plus et économiser un peu. “Ce n?est pas le modèle des systèmes naturels !” L?évolution nous apprend le contraire : il faut investir moins pour générer plus de création et de capital social pour que chacun contribue à l?écosystème. Nous ne pouvons pas accepter les dommages collatéraux que nous faisons peser sur la nature et sur l?humanité.

Pour dépasser les généralités, Gunter Pauli se décide à vouloir être concret et à montrer, par quelques exemples forts, comment, sur son exemple, on peut transformer les choses.

Le système naturel cherche toujours à faire plus avec le moins d?énergie possible. Comment les systèmes naturels génèrent-ils de l?électricité tous les jours ? Ce n?est pas grâce au soleil comme on le croit souvent. Mais par la gravité et la biochimie. Les systèmes naturels n?utilisent ni piles, ni métaux : comment peut-on résoudre le problème de la connectivité, si ce n?est en regardant comment la vie elle-même génère de l?électricité ? Et de montrer un prototype de film électrocardiogramme (thin film electrocardiogram), un électrocardiogramme qui marche sans batterie, comme un patch, qui permet, en utilisant la connectivité naturelle du corps, de fonctionner pendant 24 heures, sans piles, sans fil. “Oubliez les technologies qui ont besoin de trop d?énergie pour fonctionner comme le Bluetooth !” Faisons tout sans piles. Les prothèses auditives, les téléphones mobiles peuvent fonctionner par la conductivité naturelle que nos corps produisent. Comment le dispositif nanométrique inventé par le professeur Jorge Reynolds qui permet de récupérer l?électricité produite par notre corps et qui nous permet d'envisager bientôt des Pacemakers ne nécessitant ni chirurgie, ni anesthésie, ni piles pour fonctionner? Le Fraunhofer Institut est en train de produire le premier téléphone mobile qui fonctionne en convertissant la pression générée par la voix en électricité ! On peut créer de l?électricité avec le corps (60 volts/heure) ou par la pression de la voix et cela permet d?envisager de faire fonctionner un téléphone mobile pendant plus de 200 heures ! Plus vous parlez, plus votre téléphone est chargé !

Mais on peut aller plus loin encore !, rapporte Gunter Pauli. Peut-on faire du métal sans fonderie ni exploitations minières, c?est-à-dire sans la chaine industrielle que nous avons conçu jusqu?à présent et qui n?est absolument pas durable. Pourrait-on exploiter du métal juste en récupérant le métal existant ? A quoi servirait une place de marché de compensation des émissions de carbone comme l?imagine le protocole de Kyoto, si on peut réduire de 99 % nos émissions de carbone ?

Autre exemple. Comment les systèmes naturels produisent-ils des polymères ?, nous demande l'entrepreneur… Ils sont fabriqués à partir des acides animés d?insectes par exemple depuis des millions d?années, nous explique-t-il. Si nous étions capables de fabriquer des polymères comme le font les insectes plutôt que d?utiliser la pétrochimie, nous arriverions à révolutionner profondément la production. Gunter Pauli défend ardemment le biomimétisme, c'est-à-dire des technologies inspirées par le vivant. Aujourd?hui, on est capable d'utiliser la soie pour faire des réparations nerveuses ou osseuses. L?araignée est capable de produire 9 types de soies différentes, avec des qualités de résistance différentes selon l?eau qu?elle y incorpore. Le zoologue Fritz Vollrath et ses équipes d'Oxford Biomaterial ont produit la première usine produisant du fil comme l?araignée en utilisant des acides aminés et la pression.

“On utilise 100 000 tonnes d?acier pour fabriquer des rasoirs jetables”, s'enflamme Gunter Pauli, “alors que la capacité de la soie pourrait nous permettre de nous raser sans jamais pénétrer la peau. On pourrait remplacer l?acier et le titane de nos lames de rasoir par de la soie, ne nécessitant ni pétrole, ni énergie, ni déchets. Un hectare de murier permet de produire 2 tonnes de soie. La Chine ancienne a travaillé à régénérer des sols arides en y plantant des mûriers dont la soie a été le sous-produit. Pour fabriquer des rasoirs avec de la soie, il faudrait planter des mûriers sur 250 000 hectares de sols arides qu?on pourrait reconquérir par ce moyen et qui permettraient de générer plus de 12 500 emplois”, explique-t-il chiffres à l'appui. Au final, “l?observation et l?imitation des systèmes naturels pourraient nous permettre de générer des polymères naturels, conquérir des terres arides et créer des emplois !”

Autre exemple encore. Remplacer la chimie par la physique? Les systèmes naturels ne jouent pas avec les molécules non biodégradables. Or, si on se débarrasse de toutes les bactéries avec de la chimie, nous risquons surtout de finir par nous débarrasser de toute l?humanité ! Comment les systèmes naturels contrôlent-ils les bactéries, sans utiliser le chlore et les produits chimiques ?? On pourrait imaginer utiliser le vortex, ce tourbillon vertical qu'on observe lorsqu'on vide une baignoire par exemple. Realice, développé par H2O Vortex, un système qui créé de la glace en enlevant l?air (l?eau glace plus facilement sans air), utilise ainsi la pression que génère un vortex. Sans air, pas de bactérie, pas de corrosion?

Très rapidement (trop), Gunter Pauli a évoqué la climatisation naturelle du zèbre ou des termitières (en citant une école en Suède où l?air circule sur le modèle des termitières pour faire de la régulation thermique naturelle), qui savent refroidir ou réchauffer en dépensant le moins d'énergie possible, en nous incitant à nous en inspirer.

Autre exemple encore : nous avons pris l?habitude d?incinérer les déchets organiques, alors que dans les systèmes naturels, ils deviennent des aliments. Dans le café par exemple, on trouve seulement 0,2 % des graines de café dans un petit noir qu'on prend sur un zinc de bistro. 25 millions de fermes produisent du café dans 70 pays dans le monde. L?initiative Chido?s Blend au Zimbabwe consiste justement à utiliser les déchets du café pour créer de la nourriture pour animaux ou de l?électricité, plutôt que de les détruire.

Autre exemple encore évoqué trop rapidement, celui de ?Las gaviotas en el Vichada?. Ici, le projet était de reconquérir des territoires qui ont subi la déforestation en régénérant une forêt primaire. Ce programme lancé depuis 25 ans est le plus important programme de reboisement dans le monde. Il a permis de montrer qu?on pouvait régénérer la biodiversité. Sur cet espace, nous sommes passés de 11 à 250 espèces. La forêt génère une production naturelle d?eau offerte gratuitement à la population locale et pour partie embouteillée pour être revendue ailleurs et générer des revenus pour cette communauté? Ce territoire a été acheté pour quelques dollars et génère aujourd?hui des revenus pour toute une population, souligne Gunter Pauli pour montrer combien le modèle économique est sensé.

Impressionnante intervention en tout cas, qui nous fera nous précipiter, pour ceux qui ne l?ont pas déjà lu, sur les livres de Gunter Pauli comme Croissance sans limites pour aller plus en détail et plus en profondeur dans sa stimulante vision.

Lift France 09: Gunter Pauli: Changing the Planet from Lift Conference on Vimeo.

développement durable

  • Les innovations ouvertes sont-elles compatibles avec les systèmes d?information ?

?Qui n?a jamais voulu tuer son responsable informatique dans cette salle ??, demande Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération, en obtenant l?assentiment complice de l?assemblée participant à la première édition de la conférence Lift à Marseille. Aujourd?hui, les systèmes d?information des entreprises sont le pire ennemi de l?innovation, affirme-t-il. Ils laissent les organisations et les processus…

?Qui n?a jamais voulu tuer son responsable informatique dans cette salle ??, demande Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation internet nouvelle génération, en obtenant l?assentiment complice de l?assemblée participant à la première édition de la conférence Lift à Marseille. Aujourd?hui, les systèmes d?information des entreprises sont le pire ennemi de l?innovation, affirme-t-il. Ils laissent les organisations et les processus à l?âge de pierre. Ils restreignent les horizons des entreprises et leurs réseaux. Ils déforment leurs façons de voir le monde. Mais les ferments du changement émergent… au moins parce que l'innovation les bouscule.

Il n'y a que des innovations ouvertes !

“Qu?est-ce que l?innovation ?”, nous demande, ambitieux, Marc Giget, responsable des mardi de l?innovation et titulaire de la chaire de la chaire d?économie de l?innovation au Conservatoire national des arts et métiers. Il y a beaucoup de définitions de l'innovation, car il y a beaucoup de dimensions à prendre en compte (anthropologique, sociologique?). Pour autant, l?innovation c'est “intégrer l?état de l?art des connaissances dans une production créative pour nous permettre d?améliorer la condition humaine?.

Il y bien deux parts dans l?innovation : d?un côté la technologie et la connaissance, de l?autre les humains, leurs rêves et la vie réelle. Mais ce n?est pas si simple de faire pénétrer la technologie dans la vie réelle, de passer d?une logique techno à une logique psycho et socio, dit-il en jouant sur les mots. De passer du concret aux rêves.

Marc Giget par Frank Kresin
Image : Marc Giget sur la scène de Lift par Frank Kresin.

Il y a 10 millions de chercheurs dans le monde qui publient 15 000 articles scientifiques par jour. Ils ont déposé 1 million de brevets en 2008 (pour 7 millions de brevets actifs dans le monde), rappelle-t-il pour nous donner la mesure du rythme de l?innovation. D?un autre côté, nos sociétés se transforment rapidement : outre le changement climatique, nous avons aussi des besoins nouveaux, des connaissances nouvelles?

Les vagues d?innovation ont été nombreuses dans l?histoire (le siècle de Périclès, le temps de cathédrales, la Renaissance, la révolution industrielle et l?époque actuelle du net pour n?en citer que quelques-unes). Chaque vague commence par une révolution technologique et scientifique. La Renaissance par exemple est certainement le premier moment d?innovation ouverte en Europe. Un temps qui invente l?humanisme, les brevets, le capital-risque et le design? Quatre éléments qui sont aussi caractéristiques de l?innovation. ?L?homme devient la mesure de toutes choses?. La formule de Protagoras est certainement emblématique de l'humanisme de la Renaissance, même si elle lui est plus ancienne. La révolution du net remet également l?homme au coeur du processus, et l'on constate que le design émerge à nouveau comme méthode pour organiser cette nouvelle vague d?innovation.

“Quand on parle d?innovation aujourd?hui, l?ouverture est importante”, explique Marc Giget. Pour Schumpeter, nous assistons à une destruction créative. Mais les temps d?innovation sont toujours des temps d?ouverture. ?L?innovation est ouverte par nature, car elle a pour but d?ouvrir le système.? Ainsi aujourd?hui se multiplient les slogans de l?ouverture : OpenOffice, OpenSource, OpenSchool, OpenUniversity, OpenDirectory, OpenAccess, OpenWeb… “Open Everything !” Que peut donc être une innovation ouverte si elle n?est pas un truisme ? Est-ce seulement une innovation collective, comme le laisse supposer le modèle du logiciel open source ?

Comment fonctionne l'innovation ouverte par Henry Chesbrough Si l?on se réfère au dessin du professeur Henry Chesbrough, l'un des premiers théoriciens de l'innovation ouverte, celle-ci ressemble à un étrange entonnoir. Mais un entonnoir n?est pas le meilleur moyen pour comprendre le monde, s?amuse Marc Giget. Il y a un problème à penser l?innovation comme une relation linéaire entre technique, clients, applications et marchés. On nous montre souvent le processus d?innovation comme quelque chose de linéaire, de planifiable comme l?a montré l?un des premiers schémas de l?innovation publiés par l?armée américaine. Un nouveau produit doit produire des ?killer app?, des applications tueuses. Le vocabulaire guerrier est toujours là? Il faut comprendre que ces représentations traduisent surtout l?effort désespéré de nos vieux leaders à s?adapter à la nouveauté et au changement.

Or, quand on regarde les vagues d'innovation sur la longue durée, on se rend compte que l?ouverture de la technologie est toujours nécessaire pour que celles-ci naissent et se développent. D?autant que les innovateurs, les nouveaux entrants, arrivent souvent sans clients, sans marché. L?iPod est né dans un monde où il n?y avait pas de musique disponible dans le format adéquat, ni acheteurs pour ce produit. L?innovation n?est pas linéaire : elle s?interpénètre entre la techno, la société, la science et le monde des affaires. “Le marché n?en est que le résultat !”

Aujourd?hui, les technologies comme la science sont de plus en plus accessibles? Le monde réel n?est pas constitué de cibles ou de marchés ou de champs d?applications, mais d?hommes. Les hommes sont au début et à la fin de l?innovation. Ils l?alimentent par leurs rêves, car, comme disait Einstein, “l?imagination est plus importante que le savoir”. Le but est de comprendre les gens, de les respecter, de connaitre leurs pratiques et d?améliorer les relations qu?ils ont entre eux. La valeur se fait au contact des gens. Et les innovations de valeur sont celles qui font la synthèse créative de notre époque (comme la cornée artificielle, le coeur artificiel, ou dans un tout autre domaine la Wii?).

Nous vivons une époque idéale pour les petites équipes. C?est l?époque de la ?Do it yourself innovation?. Tout le monde peut innover, être au centre du système, comme l?équipe de la Venturi, les promoteurs de cette voiture électrique révolutionnaire qui a commencé autour de 7 personnes. “Aujourd?hui, tout le monde peut-être au centre du système !”

Pour en finir avec les systèmes informatiques

Il est difficile aujourd?hui, dans bien des entreprises d?utiliser un mobile personnel ou de regarder une vidéo - même professionnelle - sur YouTube. Voilà longtemps que les responsables d?entreprise contrôlent les bureaux et ce qu?on y fait, certainement parce qu?il a toujours été dans leur attribution d?organiser les choses comme d?y faire le ménage? Les services informatiques ont eu le même rôle, rappelle le consultant britannique Euan Semple.. On voudrait que tout soit bien ordonné, alors que les gens ont tendance à chercher le désordre et le bruit, car cela leur donne souvent la possibilité d?entendre plus de choses et de recevoir des signaux qu?ils ne recevraient pas autrement. Cet instinct de l?informatique à structurer le monde ne changera pas en un jour. La concurrence entre les systèmes informatiques, la multitude d?intermédiaires pour les gérer et les maintenir font que bien souvent, ce sont les blocages qui prévalent dans les grandes entreprises. On a bien parlé d?entreprise 2.0 pour évoquer la migration de nouveaux systèmes de connaissance et de données, mais ça n?a pas permis de changer grand-chose?

Pourtant, d?autres façons de travailler existent. Mais comment faire changer les choses dans les départements informatiques de nos entreprises ? Y?a-t-il d?autres approches que le contournement, c?est-à-dire que le fait de faire dans son coin pour démontrer les apports et convaincre les directions informatiques ? En fait, les craintes des directions informatiques d?être connectées sur des systèmes 2.0, montrent qu?ils sentent qu?il y a là quelque chose de puissant et dangereux pour elles. Pour les directions, il est de bon ton de se gausser par exemple des gens qui twittent pour rejeter vertement ces nouvelles pratiques. Mais cette réaction de rejet traduit un problème plus profond sur le fonctionnement même des entreprises : combien coûte dans les organisations le fait d?écraser ainsi les gens ? Combien coûtent ces réunions sans fin, ces projets qui dépassent leur temps imparti, car les gens ne veulent pas reconnaître leurs erreurs ? On peut comprendre les résistances des directions informatiques, mais il leur faudra bien finir par accepter les changements…

Euan Semple sur la scène de Lift par Centralasian
Image : Euan Semple sur la scène de Lift par Centralasian.

“Quand donc arrêterons-nous de gérer ? Quand donc nous intéresserons-nous à ce que les gens font, à ce qu?ils disent, à leurs conversations ?” C?est plus dur que de gérer les choses bien sûr. Cela nécessite d'être présent. Mais on gagne plus en interagissant qu?en contrôlant : on gagne plus en renouant des contacts directs avec les gens.

“Dans une économie de la connaissance, il n?y a pas d?engagés. Il n?y a que des volontaires.” Dommage que l'entreprise en reste toujours à la gestion des engagés !

Martin Duval, le président de BlueNove (blog), s?intéresse lui à la gestion des communautés. Bluenove est une société de conseil spécialisée dans la mise en oeuvre de stratégies d?innovation ouverte pour les groupes et les marques, qui anime notamment le programme de start-ups partenaires d?Orange ou le PME-nove de La Poste.

Pour lui, cette stratégie consiste à faire interagir une communauté et une marque par exemple ou des salariés dans une entreprise en utilisant des logiciels sociaux dédiés comme BlueKiwi en ajoutant des dynamiques sociales dans la gestion de la communauté. Des outils et méthodes qui permettent de passer “des savoir-faire de l?entreprise à savoir qui sait comment faire”?

Pour Martin Duval, “une innovation est une invention partagée qui atteint le marché”. Mais l?important est de pouvoir la partager. Ce n?est pas l?idée initiale qui est importante, mais ce que l?expert ou l?usager a injecté dans cette idée.

L?innovation ouverte n?est pas si simple à réussir, rappelle Martin Duval. ?Les gens les plus intelligents travaillent toujours pour la concurrence?, disait Bill Joy, le cofondateur de Sun. D?où l?intérêt que Martin Duval porte à des systèmes de crowdsourcing comme Connect, de Procter&Gamble, pour intéresser des chercheurs extérieurs à la société et à ses recherches? Reste que toutes les entreprises n?en sont pas encore à savoir gérer “ces communautés innovantes”, loin s'en faut.

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  • Do It Yourself, mais avec les autres

L'innovation n'est plus l'apanage des chercheurs ou créateurs d'entreprise. La fonction, qui occupait -et occupe encore- des pans entiers de l'industrie et des services, était un métier à part entière. Aujourd'hui, c'est aussi une passion, voire un passe-temps, pratiqué par des amateurs dans le monde entier (voir ?Nous sommes tous des hackers !?), mais également, grâce à l'innovation sociale, un…

L'innovation n'est plus l'apanage des chercheurs ou créateurs d'entreprise. La fonction, qui occupait -et occupe encore- des pans entiers de l'industrie et des services, était un métier à part entière. Aujourd'hui, c'est aussi une passion, voire un passe-temps, pratiqué par des amateurs dans le monde entier (voir ?Nous sommes tous des hackers !?), mais également, grâce à l'innovation sociale, un des moteurs de la cocréation de richesses et de valeurs.

La session “Innover avec les non-innovateurs” qui se tenait à Lift France témoignait bien de l'ampleur de cette réappropriation des cycles de l'innovation par la société civile. Douglas Repetto, enseignant à l?université de Columbia, artiste et fondateur de Dorkbot, qu?on pourrait définir comme la société des gens qui font des choses bizarres avec l?électricité, en fit d'ailleurs la spectaculaire (à l'américaine) démonstration.

Douglas Repetto à Lift France 09
Douglas Repetto à Lift France 09, par Laurent Neyssensas.

Après avoir évoqué ces fans (”nerds“) de tricot qui, non contents de se tatouer des bobines de fil sur le bras, vont pour certains jusqu'à se tricoter des pulls avec la laine de leurs chiens, ou à tricoter de motifs mathématiques, biologiques, comme des tableaux, ou des dessins, Repetto illustra sa démonstration de la complexité de l'écosystème des “nerds“, et des infinies possibilités et perspectives qu'ils offrent à l'humanité, en imaginant les multiples combinatoires qui s'offrent aux “nerds” :

Offrir un ordinateur à sa mère, c?est bien. Le personnaliser, c?est mieux. Et il existe une infinité de moyens de le faire. Si la majeure partie des gens se contenteraient d?en acheter un dans un magasin spécialisé, d?autres préféreraient le customiser par eux-mêmes.

Certains voudraient par exemple creuser une mine dans leur jardin, et y construire une fonderie, pour fabriquer le boîtier métallique. D?autres préféreraient le faire en bambou. D?autres, enfin, seraient prêts à créer une distribution GNU/Linux spécifique. Les possibilités sont quasi infinies.

Mieux : elles peuvent également être compilées, ou diverger. Ainsi, celui qui sera assez fou pour fondre le boîtier du PC sera peut-être et par contre suffisamment fainéant pour y installer une version grand public du système d?exploitation Windows et, a contrario, celui qui compilera le noyau Linux se contentera d?un boîtier lambda.

Impliqué dans plusieurs groupes d?art technologique, Repetto prône, sinon milite, pour la “créativité quotidienne“, quelle qu?elle soit, en tant que “valeur culturelle essentielle“, tant par les spécialistes que par les béotiens : ?c?est important d?en faire un des aspects de sa vie quotidienne?.

Pour lui, l?important, c?est l?écosystème, la (bio)diversité, la multiplicité des réseaux : ça fait une jungle, ou des fractales, mais la créativité des ?nerds? est sans limites, et tant mieux. Les gens bifurquent, divergent, la confrontation peut finir par une ?guerre des nerds? lorsque les gens sont dans des extrêmes, mais on en a aussi besoin, même si parfois ça bloque les gens, empêche les conversations, et l?innovation.

Le plus important serait dès lors de faire confiance aux gens, de ne pas les “évangéliser” et de garder nos capacités d?étonnement : beaucoup de gens ne s?impliqueront pas s?ils sentent qu?ils sont obligés d?agir de telle ou telle sorte, mais déborderont, a contrario, de créativité, si on les laisse, si on les pousse, à innover, sans les juger.

Comme le résumait récemment Philippe Langlois, du /tmp/lab, organisateur du Hacker Space Festival (dont la seconde édition se tiendra du 26 au 30 juin), le véritable enjeu, pour les hackers, n'est pas de trouver “LA” solution au problème qui leur est posée, mais d'en trouver 100…

Un Medialab pour expérimenter, IRL, l'interactivité

Signe de la vitalité de cette culture du Do It Yourself (DIY, A faire soi-même), Wired rappelait récemment que l'on dénombrait à ce jour plus de 250 hacker spaces, du nom donné à ces lieux et groupes créés par des hackers, bidouilleurs, nerds et autres passionnés d'informatique et d'électronique afin de partager leurs savoir-faire et connaissances, de mettre à disposition outils et méthodologies, et ainsi faciliter l'innovation et la réappropriation du volet “matériel” des nouvelles technologies, prolongeant en cela l'esprit qui a prévalu au développement des logiciels libres.

Marcos Garcia, du Medialab-Prado, un programme madrilène à l?intersection des arts, des technologies, des sciences et de la société, revint ainsi, à Lift, sur les possibilités offertes par l'innovation technologique dès lors qu'elle croise également l'innovation sociale.

Interactivos?, un projet hybride mixant atelier de production et conférences, et débouchant sur une exposition, réunit ainsi, à intervalles réguliers, une cinquantaine d?informaticiens, designers, artistes, architectes, artistes, chercheurs, issus de différentes disciplines, cultures, pays, placés en immersion pendant deux semaines dans un laboratoire ouvert, avec un projet commun, en les incitant à partager, collaborer, innover, improviser, bifurquer?

Son objectif : expérimenter les potentialités créatives des nouvelles technologies (tant logicielles que matérielles, et électroniques), développer des processus d?innovation et de production plus participatifs et ouverts, et créer des communautés dont le maître mot serait l?interactivité.

Les participants y sont d'abord et avant tout perçus comme des collaborateurs, et pas seulement des utilisateurs, et il ne s?agit pas tant de fournir du contenu que d?échanger des connaissances, idées et compétences. A la manière de ce qui se fait avec les logiciels libres, le processus est ouvert dès le départ, et la documentation partagée.

Différence notable : les participants sont réunis physiquement, ce qui est très important, souligne Marcos Garcia, car ils ont aussi une vie sociale et des activités sortant du cadre de leur projet de collaboration. Ce pour quoi, également, des médiateurs culturels interviennent à toutes les étapes pour les accompagner, tant socialement qu?au niveau des processus de collaboration, et faire le lien entre toutes ces (fortes) individualités.

Quant au ??? inscrit tant dans le nom Interactivos? que sur le mur du Medialab, il vise à rappeler aux participants que l?objectif est également de se demander ce que signifie cette interactivité, entre le dehors et le dedans, les collaborateurs et les personnes extérieures, les disciplines, réseaux, technologies?, mais aussi parce qu'ils sont poussés à diverger, improviser, et se réapproprier le projet initié.

Innover avec les non-innovateurs

Une chose est de regarder comment “nerds” et hackers innovent, ou de les pousser à innover, une autre est d'y parvenir avec ceux qui, a priori, n?y connaissent rien, ne s?y intéressent pas, n?en ont ni les outils, ni les moyens… Et c'était tout l'enjeu de la présentation de Catherine Fieschi, qui s?intéresse depuis des années au fait que la maîtrise des nouvelles technologies peut changer, et améliorer, la vie des gens, et leur environnement.

Après avoir dirigé Demos, think tank britannique spécialisé dans l?innovation sociale, elle travaille aujourd'hui au Counterpoint, le think tank du British Council, une institution créée il y a tout juste 75 ans, forte de 7000 personnes et présente dans 110 pays, et qu?elle essaie également de faire bouger de l?intérieur.

Catherine Fieschi à Lift France 09
Catherine Fieschi à Lift France 09, par Laurent Neyssensas.

Consciente de travailler ?avec des gens qui ne sont pas particulièrement fans d?innovation?, elle ne cache pas que, et au sein même de son institution, ?il y a des résistances, ou plutôt des réticences, de la méfiance, de la suspicion, parce que les nouvelles technologies engendrent de nouvelles hiérarchies?, et beaucoup de clichés.

Ainsi, il est important de casser le mythe de la complexité, celui du coût et de l?accessibilité, aussi : trop de gens pensent que l?utilisation de l?internet serait une lubie de ??nerds asociaux et friqués, omettant le développement fulgurant des téléphones portables dans les pays émergents (voir Les pays pauvres réinventent le SMS, et l?avenir des mobiles), ou encore les nombreux exemples d?appropriation du réseau par des gens que, a priori, on imagine exclu de ce type de réseaux et de technologies (voir Dans la rue et sur Facebook : sans-abri mais branché sur le Web).

Le British Council part d'un principe : on vit mieux en communauté, et encore mieux quand on la fait évoluer. Et pour cela, il utilise la langue, l?art, pour créer des réseaux entre les gens qui, sinon, n?existeraient pas : ?Nous commençons tous à voir ce qui se passe dans les bidonvilles comme de formidables laboratoires d?innovation?.

Catherine Fieschi cite ainsi ces mamies britanniques qui racontent des histoires, via Skype, à des enfants de bidonvilles indiens. Non seulement l?accent british recommence à y être entendu, et les enfants bénéficient d?un soutien scolaire, et d?une ouverture au monde, qu?ils n?auraient jamais pu avoir sans l?internet, mais les mamies britanniques, de leur côté, apprennent et reçoivent elles aussi énormément de ce partage.

Evoquant également une association qui, en Argentine, contribue à l?amélioration de la vie démocratique, via des prises de parole blogguées, ou encore ce réseau de chercheurs arabes qui parvient à sortir des carcans qui sont notamment imposées aux femmes de certains pays musulmans, Catherine Fieschi souligne que ces expériences ont toutes en commun d?être utiles, de proposer une expérience partagée dans l?espace et dans le temps, d?améliorer la vie des gens, et de les ?reconnecter? à la vie de la cité.

?Nous nous changeons également nous-mêmes, et encourageons d?autres à changer pour nous changer nous-mêmes, afin de développer notre propre confiance?. Car pour beaucoup, notamment dans les pays développés, le problème est aussi de parvenir à faire confiance aux autres, à ceux qu?on ne voit pas forcément, qui sont de l?autre côté du monde? ou de l?écran.

Ou comment, paradoxalement, le problème de l'innovation sociale est peut-être moins du côté des gens que l'on invite à innover que de ceux qui en auraient les moyens, qui pourraient les aider, mais qui n'en voient pas l'utilité.

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  • Les enjeux de la fabrication personnelle

Structurée autour du Do it yourself (Faites le vous-mêmes !) et du Green design (cette conception écologique qui se veut soutenable dans sa nature même), la principale question posée au cours de Lift France 2009 fut de savoir jusqu'où les concepts couramment utilisés dans le monde du web (participation, open source, réplication infinie des informations, etc.) pouvaient quitter les écrans…

Structurée autour du Do it yourself (Faites le vous-mêmes !) et du Green design (cette conception écologique qui se veut soutenable dans sa nature même), la principale question posée au cours de Lift France 2009 fut de savoir jusqu'où les concepts couramment utilisés dans le monde du web (participation, open source, réplication infinie des informations, etc.) pouvaient quitter les écrans d'ordinateurs pour envahir le monde physique.

Passer de la conception industrielle à la conception personnelle

A ce titre, l'idée de fabrication personnelle constitue un point fondamental. Est-il possible de devenir l'artisan des objets de son quotidien, d'échapper à la logique économique et la façon que la conception industrielle a de niveler la pensée par l'industrialisation de la fabrication ? Cette question a occupé tout une session de Lift with Fing.

Mike Kuniavsky, designer et créateur de Thing M, a cherché à remettre les tendances actuelles dans une perspective historique. Se basant sur les idées de Lawrence Lessig (voir ses propos sur le sujet à Ted), il a divisé les types de culture entre celles qui se lisent et s?écrivent (read/write) et celles qui se lisent seulement (read-only), notre société industrielle étant en réalité le seul exemple du second modèle. Ainsi, jusqu?à l?invention de la musique enregistrée, la capacité de jouer d?un instrument était beaucoup plus répandue qu?elle ne l?a été par la suite, après l?avènement du disque. Celui-ci s'est de plus révélé être un frein à l?innovation culturelle. Avant sa généralisation, les gens jouaient leurs compositions favorites en introduisant des variations qui, si elles se révélaient populaires, pénétraient dans la sphère culturelle globale et assuraient la richesse de la créativité musicale.

Mike Kuniavsky de Thing M sur la scène de Lift par Frank Kresin
Image : Mike Kuniavsky de Thing M sur la scène de Lift par Frank Kresin.

Un exemple particulièrement significatif de la culture read/write est la publication par Thomas Chippendale, à l?aube de la révolution industrielle, d?un manuel d?instructions sur la fabrication d?un mobilier convenant au standing des membres de la classe supérieure britannique. Naturellement, bon nombre de ses modèles furent copiés, non à l?identique mais avec une multitude de personnalisations imaginées par les artisans qui s?inspirèrent de ses travaux. Certes, de tels meubles étaient d?un coût élevé. Avec l?arrivée de la révolution industrielle, les prix se sont effondrés, amenant à une démocratisation de produits jusque-là inaccessibles à la majeure partie de la population. Mais cela a eu un prix : la disparition de la ?variété?. Pour changer un modèle de meuble désormais, il faut entièrement repenser la chaine de fabrication, ce qui est compliqué et onéreux.

Toujours selon Lessig, nous rappelle Kuniavsky, notre civilisation numérique est entrée à nouveau dans une phase read/write. Kuniavsky date de 1985 la naissance de cette nouvelle culture, avec l?apparition de l?imprimante laser et le développement de la publication assistée par ordinateur qui s?en est suivi. Par la suite, d?autres appareils qui restaient jusqu?ici l?apanage de grosses sociétés sont devenus accessibles aux bourses les plus modestes.

Quels sont les outils permettant de passer à ce stade d'autofabricateur ? Au premier rang, bien sûr les fablabs et les imprimantes 3D, dont Reprap est peut être la plus impressionnante, puisqu'elle est capable de se cloner en construisant… d'autres Repraps.

Mais posséder les outils de fabrication n'est pas le seul obstacle. Encore faut-il savoir quoi fabriquer : le talent ne se réplique pas aussi facilement ! Une première solution consiste à utiliser un clip art, un modèle, via une base de données comme celle de Thingiverse. Un autre moyen serait d'employer des outils de modélisation spécifiques propres à ce nouveau type de fabrication. On en trouve plein aujourd'hui dans le monde numérique, par exemple des programmes pour construire ses propres avatars, ses paysages 3D, sans parler des multiples assistants qui vous bricolent des pages web en un clin d'oeil. Peut-on imaginer les mêmes processus entrant dans la fabrication des objets ?

Les vases 3D de François Brument et leurs souffleurs Un problème auquel s?est attaqué le designer François Brument avec son projet In-Flexions qu'il a présenté à Lift. Il propose des systèmes de création de formes adaptés à des non-professionnels. Par exemple, le design d?une chaise (voir le projet chair#71) se génère automatiquement à l?écran, et l?utilisateur peut stopper l?animation à tout moment pour introduire ses personnalisations, très simplement. On n'est pas loin d'une version automatisée des variations artisanales des modèles de Thomas Chippendale !

Brument a également conçu un étonnant système de création de vases 3D dont les formes sont générées par la modulation du son de la voix (voir le projet vase#44), un peu comme des souffleurs de verre modernes !

Des objets pour reconcevoir le monde

Si les outils d'impression 3D permettent de créer des objets, un tout autre problème consiste à y introduire de l'intelligence. Cela implique la possibilité pour les amateurs de fabriquer du hardware assez facilement et à moindre coût.

Arduino, une plateforme d'apprentissage de l'électronique peu onéreuse, est un bon moyen d'introduire un nouveau venu aux arcanes de l'électronique. Alexandra Deschamp Sonsino (blog), de la société tinker.it - voir l?interview qu?elle nous a récemment accordée - nous a montré quelques exemples d?objets construits sur la base de cette plate forme éducative, comme un système RFID qui permet de tracer les déplacements d?un chat, un système de détection vérifiant si une plante est suffisamment hydratée, ou même un appareil susceptible d?envoyer un message sur le réseau chaque fois qu?une femme enceinte ressent dans son ventre un coup de pied de son futur bébé !

Alexandra Deschamps Sonsino sur la scène de Lift par DKMJ
Image : Alexandra Deschamps Sonsino sur la scène de Lift par DKMJ.

Michael Shiloh, l?un des animateurs de Teach Me To Make est de son coté venu nous présenter le Free Runner d?OpenMoko, un objet dont les spécifications sont en open source et qui présente l?apparence d?un téléphone portable - bien qu'il ne soit pas condamné uniquement à ce genre d?application, puisqu?il est possible de le hacker pour lui faire remplir toutes sortes de fonctions : par exemple, un groupe de recherche canadien l?a transformé en mini récepteur de télévision. D?autres l?ont transformé en une télécommande pour piloter un hélicoptère robotisé.

Le Free Runner, on l?a vu, a toutes ses spécifications en open source, et la société OpenMoko a même décidé de confier l?avenir de son design à la communauté des utilisateurs. Mais cela n?est pas suffisant, souligne Michael Shiloh. Il reste encore des étapes à réaliser pour obtenir une fabrication totalement ouverte. Le problème du manque d'outils de conception adaptés, qu'on ressent déjà dans le domaine de l'impression 3D, est encore plus accentué dans celui de la création de circuits électroniques.

Conséquences écologiques et économiques

Au-delà de la réintroduction de la variété dans le monde des objets, de telles technologies auront d?autres conséquences inattendues, d'ordre écologique. Shiloh a ainsi souligné que la fabrication personnelle permettait un choix plus judicieux des matériaux de construction. On pourrait ainsi privilégier ceux qui sont les plus propres.

Les modalités d'usages de PonokoUne autre conséquence importante, tant écologique qu'économique, repose sur la revitalisation de la production locale. Ainsi, nous a expliqué Kuniavky, la société Ponoko se montre en mesure de produire du mobilier de type Ikea pour une clientèle locale en utilisant des matériaux issus de la région. Une telle opportunité a de véritables conséquences écologiques, car l?énergie économisée est très importante. Nous entrons dans une époque où le transport des matériaux coûte de plus en plus cher, tandis que celui des instructions et des commandes est quasiment gratuit. Alexandra Deschamps Sonsino rejoint cette idée par une autre voie. ?C?est vrai?, a-t-elle reconnu, ?il est beaucoup plus simple aujourd?hui de créer un objet, de le montrer sur son blog puis d?attirer l?attention de quelques clients potentiels?.

Mais comment contenter une centaine de personnes situées un peu partout dans le monde ? Comment en assurer l'industrialisation ? La plupart des usines n?acceptent de se lancer qu?à partir d?au moins un millier de copies fabriquées ! Il y a bien sûr les systèmes comme les imprimantes 3D qui permettraient peut-être d?industrialiser le processus sur une petite échelle, mais Alexandra Deschamps Sonsino envisage une autre piste? Elle nous rappelle qu?il existe aujourd?hui des sociétés ?ex-industrielles?, comme la Grande-Bretagne, qui possèdent grand nombre d?usines en difficulté et en déshérence, qui seraient peut-être prêtes à renouveler leurs habitudes et aider au lancement de tels micromarchés.

La fabrication personnelle retrouve donc de manière détournée cette idée propre au “green design” de la nécessité d'une redynamisation des processus d'industrialisation locale, illustrée par exemple dans les projets de transition towns, qui ont attiré l'attention de John Thackara, également présent à Lift.

Un participant de l'atelier de Michael Shiloh en train de concevoir sa machine pour l'intégrer à la chaine
Image : Un participant de l'atelier de Michael Shiloh en train de concevoir sa machine pour l'intégrer à la chaine par xtof.

Quoi qu'il en soit, la fabrication personnelle implique une nouvelle conception des rapports économiques, écologiques et même psychologiques et pour cela une nouvelle éducation est nécessaire. Michael Shiloh, qui avait d'ailleurs initié la veille de sa conférence un bon nombre des participants de Lift au maniement du fer à souder (une expérience qui s'est d'ailleurs révélée un peu douloureuse pour certains !) pour leur faire construire une réaction en chaine improvisée, multiplie les travaux pédagogiques en ce sens (voir une courte interview en vidéo). ?Je ne savais pas qu?on pouvait faire cela, je croyais qu?il fallait l?acheter?, a-t-il souvent entendu. Une phrase emblématique qui doit faire réfléchir sur notre rapport aux objets et à la consommation, assurément.

Rémi Sussan

design, internet des objets, liftfrance09


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dernière mise à jour: 03/07/2009 03:04:16

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