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dernière mise à jour: 17/05/2012 22:09:19

  • Avons-nous besoin d?Info Labs ?

Grâce aux outils de prototypage rapide à commande numérique, à du matériel et du logiciel désormais facilement bricolables, demain, un grand nombre de personnes seront en mesure de concevoir et fabriquer des objets de leur choix, passant rapidement de l'idée au modèle numérique, du modèle au prototype, voire du prototype à l'objet tangible. C?est l?essence même du projet des Fab…

Grâce aux outils de prototypage rapide à commande numérique, à du matériel et du logiciel désormais facilement bricolables, demain, un grand nombre de personnes seront en mesure de concevoir et fabriquer des objets de leur choix, passant rapidement de l'idée au modèle numérique, du modèle au prototype, voire du prototype à l'objet tangible. C?est l?essence même du projet des Fab Labs (Wikipédia), ces espaces de travail, ces ateliers de fabrication ouverts et accessibles à tous.

Mais pourquoi s?en tenir aux objets physiques et à la matière programmable ? La complexité de la matière numérique montre qu?on gagnerait certainement à étendre le concept aux données, aux statistiques, aux algorithmes… Et faire de la matière numérique un objet d?appropriation commun, comme les Fab Labs le proposent pour le monde physique.

Le Lab “ouvert” comme modèle

Abréviation de Fabrication Laboratory (Laboratoire de fabrication), le Fab Lab est une “plate-forme de prototypage rapide d'objets physiques, ?intelligents? ou non”, rappelle Fabien Eychenne dans son Tour d'horizon des Fabs Labs publié par la Fondation internet nouvelle génération. On peut retenir comme caractéristiques principales sa nature de tiers-lieu, l'ouverture à un public large, la mise à disposition d'équipements (mais plus largement outils, méthodes et savoir-faire) et une chaine intégrée allant de la conception à la production. Le Fab Lab est ainsi un lieu physique ouvert qui invite son public à devenir acteur et à enrichir ses connaissances par l'expérimentation. Il répond aux préoccupations du mouvement DIY (Do it Yourself) qui prône le “faire” et la mise en capacité de chaque individu. La notion de “prototypage rapide” qui le caractérise désigne l'accélération des cycles d'innovation, de recherche et développement et de production, en adoptant notamment une démarche itérative.

Le concept du Fab Lab repose ainsi sur des principes généraux tels que l'accessibilité du lieu et l'accompagnement des utilisateurs, l'échange d'expérience et le partage de compétences, l'exploration et le droit à l'erreur. Il existe une grande variété de lieux de ce type, même si ceux qui se revendiquent explicitement du mouvement Fab Lab initié par Neil Gershenfeld doivent signer une charte précise mais en même temps assez ouverte.

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Image : quelques participants de la dernière Medialab Session, 2 jours pour imaginer de nouvelles applications journalistiques depuis les données (explications sur le principe et les résultats obtenus par Philippe Couve), photographiés par Christophe Carriou.

Avec plus d'une centaine de Fab Labs dans le monde, leur relative réussite interroge. La structuration de leur organisation en réseau y est certainement pour beaucoup et se pose en modèle. D'autant qu'il faudrait ajouter à ce succès les autres formes d'espaces dédiés à la fabrication personnelle, comme les hackerspaces (Wikipédia), voire même les techshops (Wikipédia), qui en sont la forme la plus commerciale. Et ce d'autant plus que les Labs ouverts commencent à essaimer auprès d'autres communautés que celle des bricoleurs.

On commence à voir apparaître des Bio Labs (encore appelés Bio Fab Labs ou Bio Hackerspaces). Mais on pourrait également rapprocher de ce mouvement ces espaces ouverts de travail, de projets, d'entrepreneuriat, d'innovation et de recherche qui se multiplient : les espaces de coworking (tel que ceux du réseau des cantines en France) que les laboratoires d'innovation sociale ou encore – bien qu'ils soient peu ouverts sur l'extérieur, et agissent plutôt comme des structures ressources interdisciplinaires et expérimentales – bien des Media Lab (comme celui du MIT, de Sciences Po, de Madrid ou le Nieman Lab dédié au journalisme qui sont plutôt des structures ressources-actions dédiées à la recherche…).

Cette dynamique montre le besoin d'espaces d'interaction pour développer des projets personnels ou innovants d'une manière plus ou moins ouverte. Les modalités sont variées. Certaines structures sont très commerciales, d'autres, plutôt fermées, venant comme des supports à des communautés particulières, d'autres enfin très ouvertes au public avec une mission d'intérêt général.

Le modèle des Fab Lab, réservé à la conception d'objets physiques, pourrait donc demain être étendu à d'autres domaines, à d'autres formes de prototypages : objets informationnels, applications, services, informations… En d'autres termes, donner naissance à de nouveaux et multiples (x)Labs : Info Labs, Services Labs, Data Labs, etc. Des Labs “ouverts” comme autant de territoires de projets, de lieux de rencontres.

Pourquoi avons-nous besoin de Labs consacrés aux données ?

A l'heure de la démultiplication des données, de la multiplication de leur mode de production (capteurs, crowdsourcing…), du type de producteurs (communautés, individus isolés, entreprises parfois modestes, collectifs organisés, initiatives publiques, etc.) et des modalités de traitements des données, nous sommes confrontés à un écosystème nouveau en profonde mutation qui appelle des dispositifs d'apprentissage, d'exploration et d'appropriation adaptés. Nous ne sommes pas confrontés seulement à une profusion des données, mais également à la complexité de l'écosystème de production et d'usage des données. Nous ne sommes pas seulement confrontés au développement des données publiques, mais à toute sorte de données que nous allons être appelés à manipuler de plus en plus : données personnelles, mesures médicales, données de consommation, données collectives… dont il va nous falloir comprendre le sens, être “formé à la critique”, comme l'explique Simon Chignard, auteur d'un récent ouvrage sur la question de l'Open Data.

Equipements SportifsGironde
Image : La Gironde sportive, datavisualisation des données sportives de la Gironde, l'une des 12 productions réalisées par les étudiants du DataJournalisme Lab.

Si, donc, les Fab Labs visaient en quelque sorte à diffuser dans le monde industriel le modèle ouvert et “agile” de l'innovation numérique, il devient aujourd'hui temps de faire également le mouvement inverse, de retour vers le numérique. Pourquoi ? Parce que, face à la place de plus en plus importante que prennent aujourd'hui les données et les programmes dans la production de connaissances, de représentations, de décisions, il devient essentiel de créer les conditions d'une compréhension, d'une réappropriation, de ces donnes et de ces algorithmes.

Le volume des données produites, extraites, captées, explose littéralement. La production de recherches, de cartes, de décisions stratégiques, de musiques à succès, de services… repose de plus en plus sur des algorithmes de plus en plus complexes et souvent opaques. Nous sommes confrontés à un écosystème nouveau en profonde mutation qui appelle des dispositifs d'apprentissage, d'exploration et d'appropriation adaptés.

Certes, les outils existent. Les applications se développent. Les compétences s'achètent. Mais est-ce que cela suffit ? La campagne Réutilisation des données publiques de la Fing a montré combien le partenariat avec les utilisateurs était primordial. Les méthodes les plus fécondes de l'open data ne consistent pas à libérer des données pour libérer des données, mais bien à y associer les utilisateurs. La libération des données publiques est un processus où rendre la donnée librement réutilisable n'est qu'une étape vers un but autrement plus important : engager une nouvelle relation autour des données avec les utilisateurs. Or, il n'existe pas de structures pour porter cette relation.

Face aux données partout disponibles, les utilisateurs, dans leur plus grande diversité, sont bien souvent démunis. Les réservoirs de données, accessibles aux développeurs et de plus en plus à un public plus large, grâce à une multitude d'outils, demeurent peu utilisés. Les utilisateurs potentiels sont peu associés à ce mouvement qui leur paraît trop complexe. Ceux qui le sont demeurent souvent isolés, sans structure pour se rassembler, pour travailler à plusieurs, initier des projets, discuter avec les entreprises ou les institutions détentrices de données. En fait, seule une association de compétences permet d'optimiser l'usage des données. Tout comme le journalisme de données, pour fonctionner, nécessite de rassembler développeurs, graphistes, statisticiens et journalistes pour traiter les données, nous avons besoin d'espaces de rencontre entre différentes compétences pour traiter les données et les informations.

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Image : Exemple de carte inclus dans un kit de données pour partir à une chasse aux données dans la ville avec des étudiants, racontée par Simon Chignard.

D'une manière non structurée, des préfigurations d'Info Labs se mettent en place autour d'associations qui font le lien entre l'acteur public et les usagers, comme le font, à leur manière (et de manières très différentes les unes des autres), Bug, Ping, LiberTic, ZooMacom, Zync, AEC, La cantine numérique rennaise, Le data journalisme Lab, Regards Citoyens… Sans compter les Barcamps et autres Hackathons que l'on peut parfois percevoir comme des Info Labs éphémères, pas nécessairement “physiques”…

Ces exemples montrent bien que l'open data ne fonctionne pas si nul n'anime les acteurs : institutions, entreprises, citoyens. Nous avons toujours autant besoin d'animer les territoires électroniques.

La métaphore du processus structuré autour du concept de Fab Lab appliqué à l'information nous rappelle pourquoi nous avons besoin de faire des choses ensemble dans le numérique. Ce n'est désormais pas tant de l'accès à une machine, à une formation ou une médiation comme on la trouve dans les espaces publics numériques dont les gens ont besoin, que de trouver les ressources collaboratives pour mener des projets individuels ou collaboratifs dans le numérique.

L'Info Lab : la méthodologie du Lab appliquée aux données

L'information en base de données demeure hermétique à la plupart d'entre nous. Peut-on gagner du temps et de l?énergie en proposant des lieux, des espaces dédiés à cette forme de rencontre autour des données ? Des espaces où trouver des ressources et des compétences. Ou faire de l?accompagnement et de l?appropriation par le plus grand nombre ?

A la Fing, nous pensons que le développement des usages et de l'innovation dans un monde de données pourrait demain passer par le développement d'Info Labs, c'est-à-dire de “dispositifs d?innovation ouverte pour prototyper des usages de l?information”. Nous pensons qu'il faudrait explorer, expérimenter, concevoir des structures, des méthodologies, des terrains de rencontre et d'animation, car elles sont les conditions essentielles de l'appropriation et des nouvelles formes de traitement des données.

dataconnexionhackaton
Image : Photo de la soirée Hackathon du collectif Dataconnexions.

Dans l'idéal, un Info Lab consiste à mettre à disposition des ressources, apporter des compétences, de la veille, faire se rencontrer les acteurs… Il répond avant tout à des besoins propres à une institution ou un acteur, par exemple, en mettant en avant l'aspect pédagogique ou bien celui de l'expertise et de l'accompagnement de projet. Il rassemble un ensemble de critères répondant à autant d'enjeux posés par l'appropriation du plus grand nombre :

  • des objectifs de formation, d?analyse, de collecte de données, de prototypage d?usage ;
  • un espace d'ancrage dans un lieu ou dans le temps ;
  • des méthodologies (animation, collecte, traitement, apprentissage, échange de savoir …) ;
  • des compétences (organisation de coproduction, pêche à la donnée, animation pédagogique, partage de savoir-faire…) ;
  • une nécessaire ouverture à différents publics, voire à tous les publics : associations, entreprises, acteurs publics, artistes, enseignant, étudiants, élèves, citoyens, etc. ;
  • un espace de débat ou de mise en débat ;
  • une organisation en réseau qui permet de structurer et documenter les objectifs, les méthodologies, les compétences, leur organisation…;

Si le potentiel de création d'Info Labs ou de xLabs existe réellement, envisager les conditions d'activation de ces laboratoires ouverts reste une question totalement ouverte. Elle implique la mobilisation de personnes prêtes à expérimenter ce modèle et à se constituer en communauté pour faire vivre un réseau à venir d'Info Labs, dans leur diversité.

Ce qui est sûr, c'est que les xLabs, ont tous comme point commun d'être des facilitateurs de la rencontre. Car dans le domaine du numérique, et face au Nouveau Monde de données auquel nous allons être confrontés, nous en avons certainement plus besoin qu'ailleurs.

Hubert Guillaud, Cécile Delemarre, Charles Nepote.

Si vous souhaitez venir prolonger cette réflexion avec nous, nous vous convions à deux évènements pour approfondir ce concept :

A l'occasion de la semaine européenne de l'Open Data qui se déroulera à Nantes du 21 au 26 mai 2012 et notamment lors de l'atelier G du 24 mai après-midi.

A l'occasion de Futur en Seine, qui se déroule du 14 au 24 juin sur toute l'Ile-de-France et notamment lors d'un atelier sur cette question qui se déroulera au 104, le 15 juin de 11h à 13h.

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  • Nos données nous rendent-elles sexy ? Vers une urbanité ?datasexuelle?

La lecture de la semaine est un article de Dominic Basulto (@dominicbasulto), consultant chez Bond Influence, mis en ligne il y a quelques jours sur le site BigThink où il tient le blog Endless Innovation. Il s?intitule “A la rencontre du datasexuel”. Et il nous est arrivé par Philippe Gargov (@PhilippeGargov), que nous remercions. “L?esprit du temps qui a fait…

La lecture de la semaine est un article de Dominic Basulto (@dominicbasulto), consultant chez Bond Influence, mis en ligne il y a quelques jours sur le site BigThink où il tient le blog Endless Innovation. Il s?intitule “A la rencontre du datasexuel”. Et il nous est arrivé par Philippe Gargov (@PhilippeGargov), que nous remercions.

“L?esprit du temps qui a fait émerger le personnage du métrosexuel ? l?homme urbain obsédé par son style et son apparence physique ? est en train de créer son équivalent numérique : le datasexuel. Le datasexuel ressemble à vous et moi, explique Basulto, mais s?en différencie par sa préoccupation pour les données personnelles. Il est continuellement connecté, il enregistre obsessionnellement tous les aspects de sa vie et il pense que ces données sont sexy. En fait, plus nombreuses sont les données, plus il les considère comme sexy. Sa vie, du point de vue des données tout au moins, est parfaitement stylée.

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Image : les data sont sexy et les statisticiens plus encore, via CubitPlanning.

Que cela vous plaise ou pas, les données sont à la mode aujourd?hui sur Internet, avec des entreprises de toutes les tailles qui travaillent en permanence pour inventer des moyens de monétiser toutes ces données personnelles. Les gens, au moyen de tous leurs outils mobiles, créent en ligne des monceaux incroyables de données personnelles, même si la plupart d?entre elles sont si déstructurées et si compliquées à analyser que l?on s?y réfère parfois sous le vocable de “d?épuisement des données“. Et les fabricants d?outils numériques continuent de pondre de nouveaux services qui rendent cool le partage des données avec nos amis, nos collègues, et à l?occasion de parfaits inconnus. Auriez-vous pensé un jour qu?il serait cool de porter autour de votre poignet un bracelet noir affichant vos performances sportives avec des néons lumineux ? Eh bien Nike le pensait ? dans l?espoir que son nouvel outil devienne une sorte de symbole de cette urbanité datasexuelle.

Quels sont donc les facteurs qui nous ont menés à la naissance du datasexuel contemporain ?, se demande Basulto.
L?origine du datasexuel provient selon toute vraisemblance de l?infographie toute simple, qui est une manière stylisée et bien designée de faire parler les données du web. Cette tendance a été suivie par celle de la visualisation de données, qui rend encore plus cool de diffuser des données de manières innovantes. Ces outils de visualisation de données ont fini par nous offrir des artéfacts culturels comme les rapports annuels de Nicholas Felton, qui ont donné une forme de coolitude à l?enregistrement obsessionnel de l?activité quotidienne. De là, ne restait qu?une petite étape à franchir avant la naissance du mouvement Quantified Self (le mouvement de quantification de soi) qui promet la connaissance de soi par les chiffres. Les tenants du Quantified Self suivent obsessionnellement la trace de la moindre donnée produite sur eux-mêmes pendant une journée. Et ils nous ont déjà mené à ce que des entreprises privées comme Nike prennent à bras le corps ces données et trouvent des moyens pour les urbains datasexuels d?exhiber à nos yeux leurs parures de données comme un accessoire de mode.

Les vrais datasexuels, cependant, ne s?arrêteront pas aux simples collectes et enregistrements de données provenant du web. Leur obsession les voue à utiliser un nombre toujours plus grand d?outils mobiles et d?applications leur permettant de faire de la parure de données une réalité. Prenez l?exemple de Placeme, une nouvelle application qui est aussi effrayante que futuriste. Placeme s?insère dans la fonction de surveillance d?ambiance d?un outil mobile dans le but d?enregistrer en continu toutes vos données personnelles avec une très grande précision. Imaginez une visite dans un magasin, Placeme pourrait tout enregistrer, la porte par laquelle vous entrez, le temps que vous passez dans chaque allée, la vitesse à laquelle vous traversez chaque secteur. L?application connaît aussi le chemin que vous avez pris pour vous rendre au magasin, combien vous avez dépensé, et elle peut vous recommander la route la plus rapide pour rentrer chez vous alors que vous êtes encore en train de payer.

De la même manière que certains éléments du mouvement métrosexuel ont finalement trouvé une manière de faire leur entrée dans la mode mainstream, la folie datasexuelle commence à basculer dans le mainstream. Tous autant que nous sommes ? et pas seulement les datasexuels d?aujourd?hui -, nous serons bientôt équipés d?un nombre extravagant d?outils numériques et de senseurs provenant d?entreprises “cool” comme Apple et Nike. Nous téléchargerons des applications hyper vigilantes comme Placeme sur nos tablettes et nos smartphones. Et nous diffuserons toutes nos données à nos amis et nos relations peut-être avec l'aide d'applications d'attention ambiantes qui tourneront en fonds de nos réseaux sociaux comme Facebook. Si tout évolue selon les plans, cette obsession des données offrira un jour des rétributions qui plairont à Calvin Klein : les gens penseront que vous êtes sexy.”

Evidemment, bien des critiques à faire à ce texte, mais la lecture assidue des derniers numéros de GQ, magazine américain décliné depuis quelques années en français et archétype journalistique de ce qu?on appelle les métrosexuels, montre en effet un goût pour ces outils et ces services d?enregistrement de données. De plus en plus de pages sont consacrées à ces outils technologiques d?enregistrement de données personnelles, notamment liées au sport. Et on voit bien comment cela peut devenir un élément d?une coolitude sexy à venir, l?affichage de ses performances au jogging ou de ses données nutritives. Le passage par le cool, le sexy pour faire entrer dans les m?urs des pratiques qui sont par ailleurs assez effrayantes. En cela, il y a me semble-t-il une intuition pas inintéressante.

Xavier de la Porte

Xavier de la Porte (@xporte), producteur de l?émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d?un article de l?actualité dans le cadre de son émission.

L?émission du 12 mai 2012 accueillait Joël de Rosnay (@derosnayjoel) pour son nouveau livre, Surfer la vie parue aux éditions Les liens qui libèrent, qui vise à donner quelques principes de vie dans une société fluide.

économie de l'attention, corps, identité, identités actives, lifelog, mémoire, pdlt, privacy, psychologie, quantifiedself

  • A lire ailleurs du 07/05/2012 au 14/05/2012

. Le hardware n?est pas l?infrastructure – Christian Fauré Intéressante distinction menée par Christian Fauré et Ars Industrialis : le software est devenu l'infrastructure et la hardware la superstructure. Il est plus facile de changer de hardware que de software. “Nos problèmes d'adhérence, de dépendance, sont avant tout des problèmes logiciels et non matériels”. . Les trajets domicile-travail augmentent les…

. Le hardware n?est pas l?infrastructure – Christian Fauré
Intéressante distinction menée par Christian Fauré et Ars Industrialis : le software est devenu l'infrastructure et la hardware la superstructure. Il est plus facile de changer de hardware que de software. “Nos problèmes d'adhérence, de dépendance, sont avant tout des problèmes logiciels et non matériels”.

. Les trajets domicile-travail augmentent les risques d'hypertension et d'obésité | Slate.fr
Selon une étude américaine, les personnes vivant à plus de 16 km de leur travail ont plus de risques de faire de l'hypertension et ceux vivant à plus de 24 km de devenir obèses. Non seulement les “navetteurs” ont moins de temps pour faire de l'exercice physique, cuisiner ou dormir, mais ils sont aussi plus enclin à subir un stress chronique lié à leurs trajets.

. Réinventer les urinoirs publics – The Atlantic Cities
Et si en filtrant le sodium et l'acidité de l'urine on était capable de la réutiliser pour l'arrosage ?

. Contre l'urbanisme Kickstarter – Design Observer
Alexandra Lange s'énerve contre les succès de KickStarter. Elle rappelle d'abord que KickStarter sélectionne les projets d'une manière peu transparente. Mais surtout que quand les projets deviennent urbains, ils posent de nouvelles questions. Pourrions-nous crowfunder une ligne de bus s'interroge-t-elle en voyant qu'un projet urbanistique a récolté 115 000 dollars ? Pourtant des projets de financements urbains communautaires se développent, comme http://brickstarter.org.

. Souriez, vous êtes identifiés – LeMonde.fr
L'application SceneTap – http://www.scenetap.com – permet de fournir des indications en temps réel sur la population d'un lieu (une fête, un bar…) : le taux de remplissage, le pourcentage de femmes ou d'hommes, l'âge moyen de chacun. Une simple caméra et une base de données de visages permet de faire le décompte. Des outils qui aident à mieux connaître la clientèle, à faire des ciblages commerciaux, à prévoir la charge de travail… Et déjà beaucoup voudraient aller plus loin : identifier pleinement les clients comme le propose Face.com ou Klik – http://klik.me/ -, qui identifient les gens sur une photo avant même que vous ne la preniez avec votre mobile – ou encore les pointeuses faciales de Fareclock ou Faceclock – http://faceclock.com. Comme le souligne l'ONG Guardian Project – https://guardiaproject.info -, “désormais, on peut partir d'un visage anonyme pris dans la rue et aboutir à une masse d'informations sensibles sur cette personne.”

. Kit de ressources sur l'OpenData
Excellent kit de ressource sur l'Open Data.

. LazyTruth pour débusquer les fausses rumeurs – New Scientist
Nous colportons par mails des milliers de fausses informations que nous croyons vraies. LazyTruth du MIT propose un logiciel qui agit comme un plug-in de votre messagerie pour vous prévenir de la véracité des chaînes d'e-mail que vous échangez.

. Le ministère de la Culture a-t-il un avenir ? – Télérama.fr
Juliette Bénabent revient sur le rôle du ministère de la Culture dans un passionnant article de Télérama. Elle dresse le constat que depuis les années 80, le champ culturel s'est étendu et que le territoire est désormais maillé de structures nombreuses pour porter la culture. Pour Philippe Chantepie, auteur d'un rapport pour un “ministère nouvelle génér@tion”, le ministère manque de pertinence, de vision et est déconnecté de la vie culturelle. Il n'arrive pas à sortir de l'opposition entre culture élitiste et culture populaire. Nombres d'acteurs dénoncent l'inertie du ministère. “L'Etat doit faire des choix culturels, pas des choix artistiques”, explique l'ancien ministre Jean-Jacques Aillagon. Les défis sont pourtant là et nombreux : réguler les industries du numérique, agir sur la demande, ranimer le rayonnement international, relancer la démocratisation… La culture est un combat, il nous faut des guerriers.

. Pourquoi les applications de lecture sociale dans Facebook ne marchent-elles pas ? – BuzzFeed
Les applications de lecture sociale sans friction lancées par la plupart des grands médias ne fonctionnement pas. La raison, estime John Herrman, est peut-être lié au fait que nous les percevons comme des contenus de seconde classe. C'est l'automatisation du partage “sans friction” qui semble le plus en cause, notamment parce qu'il met en avant des contenus de lecture plutôt que des contenus de partage.

. Il faut réduire la protection du droit d?auteur à 20 ans – Politique du Netz
Politique du Netz est en train de traduire en français le livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge du Parti Pirate – www.copyrightreform.eu. Ce billet milite pour une réduction de la durée de tous les types de droits à 20 ans, une durée rationnelle pour un investisseur, tout en proposant un compromis pragmatique permettant de vivifier la créativité.

. Raréfaction des métaux : demain, le « peak all » – Oil Man
Matthieu Auzanneau revient sur l'épuisement des principaux métaux, un problème similaire au pic pétrolier. Il cite longuement “Quel futur pour les métaux”, le livre de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon qui montrent que la baisse de la concentration moyenne des minerais et les difficultés à trouver de nouveaux gisements pourraient devenir aussi problématique que l'épuisement des ressources en pétrole d'ici 30 à 60 ans. Plus important : l'éolien et le solaire sont dépendantes des métaux rares. Le nucléaire également, et ce alors qu'aucune découverte significative n'a été réalisée… Nous ne savons pas recycler ces matières premières rares et sommes encore loin de maximiser l'économie de ressources en métaux rares.

. La société civile contrôlera aussi le Net – Owni.fr
“Initialement, la qualité du service proposé par vos fournisseurs d'accès à Internet devait être contrôlée par… ces mêmes fournisseurs d'accès. Un rôle de juge et parti dénoncé depuis longtemps par OWNI. Mais, sous la pression de plusieurs associations, le régulateur des télécoms (Arcep) ajuste le tir dans son projet de mesure de la qualité du Net français, selon des informations que nous avons recueillies auprès de proches du dossier. Un début de bonne nouvelle pour les consommateurs.”

. Avec «Touché», tout, tout devient une interface, même l?eau! – Zéro Seconde
Disney research – http://www.disneyresearch.com/research/projects/hci_touche_drp.htm – (et oui !) a publié une vidéo – http://www.youtube.com/watch?v=E4tYpXVTjxA#! – qui montre un nouveau prototype d'interaction, capable de comprendre différentes modalités de toucher, selon qu'on pose un doigt ou qu'on saisit une surface… L'une des applications intéressante est une poignée de porte intelligente, capable d'afficher des informations sur la porte selon la manière dont on la touche.

. La nouvelle ère de l'agriculture urbaine – The Dirt
Le livre “Carrot City : Creating Places for Urban Agriculture” – http://www.amazon.com/dp/1580933114/ – explore le champ de l'agriculture urbaine à travers une cinquantaine d'études de cas, illustrant la diversité des possibilités en la matière. La plupart de ces cas montrent comment cette agriculture peut fournir de la nourriture pour une partie de la population tout en ayant un impact positif sur l'environnement. Pour les auteurs, le défi est à présent de continuer à faire parler de l'agriculture urbaine, en stimulant les façons de rendre ces agriculture plus effective.

  • Le plus humain des humains

L'intelligence artificielle peut-elle nous apprendre ce que c'est qu'être humain ? C'est la question qu'a posé Brian Christian, dans son livre Le plus humain des humains, qui a obtenu de figurer dans le top des essais du New Yorker pour l'année 2011. Récemment, l'auteur (qui possède à la fois des diplômes en sciences de l'information et en poésie) a donné…

L'intelligence artificielle peut-elle nous apprendre ce que c'est qu'être humain ? C'est la question qu'a posé Brian Christian, dans son livre Le plus humain des humains, qui a obtenu de figurer dans le top des essais du New Yorker pour l'année 2011. Récemment, l'auteur (qui possède à la fois des diplômes en sciences de l'information et en poésie) a donné une conférence au Santa Fe Institute au cours de laquelle il a exposée bon nombre de ses idées.

Le titre étrange de son ouvrage vient d'une caractéristique du fameux Loebner Prize. Tout le monde connait le “test de Turing”. Mais alors que le scientifique britannique l'envisageait comme une expérience de pensée, les organisateurs du prix Loebner essaient chaque année de le mettre en pratique. Au cours de cette compétition, on met côte à côte un certain nombre de bots capable de suivre une conversation, et un groupe d'individus qui, eux aussi, peuvent discuter par tchat avec des jurés, mais ignorent quand ils conversent avec une machine ou avec un véritable humain. A la fin de chaque discussion, les jurés attribuent une “note d'humanité” à leur interlocuteur invisible. Au final, le “bot” qui a la meilleure note cumulée gagne le prix. Il devient “le plus humain des robots”. Mais il y a un effet secondaire ! Comme les juges ignorent à qui ils ont affaire, ils notent aussi les humains. Et celui qui remporte le plus de suffrages devient du coup “le plus humain des humains”.

Brian Christian, pour poursuivre son étude, a été un de ces humains testés lors du Prix Loebner.
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Lors de sa conférence, il a insisté sur le “paradoxe de Moravec“, du nom d'un des plus célèbres roboticiens de l'université Carnegie Melon. Celui-ci peut se résumer, a-t-il expliqué, par “ce qui est difficile est facile, et ce qui est facile est difficile”. Autrement dit, il est bien plus simple pour une machine de gagner un championnat d'échecs que de reconnaître un chien sur une photo.

Cela n'est pas sans remettre en cause tout l'édifice de la pensée occidentale. Déjà, Aristote distinguait trois sortes d'âmes : l'âme végétative, l'âme sensitive et l'âme intellective. La première n'est concernée que par les actes basiques de la survie (se nourrir, dormir, se reproduire). La seconde s'occupe des émotions, des désirs… Mais la troisième est celle qui nous rend véritablement humains explique Aristote. C'est celle qui permet de comprendre les choses abstraites, comme les nombres, de philosopher, de contempler (“la contemplation étant l?activité humaine la plus haute, ce qui est très pratique pour nous autres philosophes” a ironisé Brian Christian). La version des Descartes, qui affirme le doute sur toute chose – y compris l'existence du corps – sauf sur la pensée (“je pense donc je suis”) ne serait, selon Christian, que la version modernisée et christianisée de la pensée d'Aristote. Or, on, découvre aujourd'hui que les fonctions de l'âme sensitive sont beaucoup plus complexes que celle de l'âme intellective ; et dans ce domaine, les ordinateurs nous battent largement nous faisant perdre “ce qui fait de nous des humains” au sens aristotélicien du terme. Mais heureusement, sans doute, l'humanité réelle ne se trouve-t-elle pas dans l'exercice de nos facultés d'abstraction.

L'intelligence artificielle, c'est l'intelligence collective

Ce que révèle le Loebner Prize, c'est qu'en réalité il existe bien encore des différences entre le cerveau humain et sa simulation machinique, mais elles sont plus subtiles qu'on pourrait le croire. Brian Christian rappelle que dans les années 50, Turing avait prédit que dans les années 2000 un programme informatique serait capable de tromper 30% des juges. Il s'est trompé, mais en 2008, un tel artefact a réussi à tromper 25% des jurés du prix Loebner !

Brian Christian lui-même a failli manger son chapeau, lorsqu'il a eu une conversation avec l'un des bots le plus sophistiqué du moment, Cleverbot. Ce programme a-t-il expliqué, a pour particularité d'enregistrer tout ce que lui dit son interlocuteur, pour le réutiliser par la suite. Et il a eu plus de 65 millions de conversations.

Christian s'est “chauffé” en commençant par lui poser des questions assez simples, lui demandant différentes capitales. Ainsi lorsqu'il lui demande la capitale de la France, Cleverbot a répondu Paris. Rien d'étonnant. Mais plus tard, lorsqu'il lui demande celle de la Roumanie, le bot lui répond :
- Euh, Budapest ? Je ne sais pas vraiment”.

Là c'est plus étonnant : non seulement le bot se trompe, mais sa confusion repose sur une ressemblance phonétique entre Bucarest et Budapest : une erreur très “humaine”…

Il a ensuite testé son sens de l'humour :
“Sais-tu pourquoi on appelle une Xbox une Xbox 360 ?
-Pourquoi ?
-Parce que dès qu'on en voit une on tourne les talons et on s'en va.

Ce à quoi Cleverbot lui a répondu du tac au tac :
“Non, parce dans ce cas vous vous retrouveriez face à elle, et ce ne serait pas drôle”.

De plus en plus étonnant ! Brian Christian essaie alors de piéger plus avant le programme. Il écrit un mot unique, sans contexte : Twilight. Le bot lui répond : “Je déteste ce roman. Et le film aussi”.

De plus en plus impressionné, Christian tente alors de le décontenancer en citant un passage du fameux tube de Queen “Bohemian Rhapsody”, “Galileo, galileo”. La machine ne se démonte pas et lui répond par le vers suivant : “Will you do the fandango”.

Puis tout à coup il lui demande : “as-tu un petit ami ?”
- Non lui répond l'ordinateur, mais j'espère bientôt trouver l'amour.
- Puis-je être ton petit ami ?
- Non, je suis heureux en mariage.

A partir de là, les choses se dégradent. Christian lui repose la question : Puis-je être ton petit ami?
- Non, répond Cleverbot, je suis hétéro.
- Quel est ton genre ?
- Féminin.

Cleverbot s?était montré brillant tant qu'il s'agissait de répondre à des questions isolées, même les plus complexes. Mais voilà, il est incapable de suivre une conversation. Il n'y pas de continuité dans son discours.

L'algorithme employé par les chatbots, explique Christian, est basé sur les chaînes de Markov. A chaque question correspond une réponse. Mais entre humains, a-t-il continué, les choses ne se passent pas exactement comme cela. L'algorithme saurait plutôt que la réponse est conditionnée à la fois par la question et par tout l'historique précédent de la conversation. Et c'est là que Brian Christian développe une argumentation tout à fait intéressante. Finalement discuter avec Cleverbot c'est comme discuter avec un collectif. En accumulant des millions de réponses d'interlocuteurs humains, Cleverbot est en fait une incarnation de “l'intelligence collective”.

Cherchant ses références dans la littérature et la philosophie, Brian Christian cite une phrase de Nietzsche extraite du Gai Savoir. “Enfin, lorsque l'oeuvre est terminée, on reconnaîtra comment ce fut la contrainte d'un même goût qui, en grand et en petit, a dominé et façonné : la qualité du goût, s'il a été bon ou mauvais, importe beaucoup moins qu'on ne croit, – l'essentiel c'est que le goût soit un.”

C'est ainsi que se définit l?individualité, par l'exploration d'un parti pris, d'un point de vue, quelle que soit la qualité de celui-ci. L'idée de l'intelligence universelle, propose Brian Christian, n'a plus aujourd'hui l?attirance qu'elle aurait pu exercer sur nos ancêtres. C'est Walt Whitman qu'il convoque cette fois-ci, avec sa fameuse illustration de l'universalité du regard du poète :

Je suis un esclave pourchassé, je tressaille à la morsure des chiens…
Je suis un pompier enseveli, avec le torse brisé…
Je suis un vieil artilleur – je parle du bombardement de mon fort…
Tout cela je l'absorbe – cela devient moi…
Je vois et entends le Tout

Aujourd'hui, ironise Brian Christian, l'homme universel, ce serait plutôt ça : et de montrer des images du capitaine Picard de Star trek transformé en borg (une intelligence collective cherchant à assimiler l'ensemble de la galaxie dans cette série TV) ou encore l'agent Smith de Matrix. Deux personnages de fiction qui partagent ce regard panoptique et peuvent simultanément revêtir une infinité d'identités. Mais ce désir d'universalité ne date pas d'aujourd'hui puisque la Bible elle-même considère la distinction des langages comme une malédiction, les humains cessant de parler à l'unisson. “Ce qui fait de nous un être humain, c'est précisément que nous sommes UN être humain”, a affirmé Christian.

Zigzaguant entre culture classique et technologie moderne, Christian rejoint ainsi la critique de Jaron Lanier, qui dénonce depuis des années la disparition de l'individu au sein du collectif. Pour Christian, la phrase de Nietzsche illustre bien la défense de Myspace par Lanier : la plupart des pages sont affreuses, mais c'est ce qui arrive lorsque la conception de la page est le produit des inclinations personnelles de son auteur, au contraire de Facebook où tout est propre, mais finalement normalisé et impersonnel.

Le style, c'est ce qui fait de nous un individu

Du reste, a-t-il conclu, le test de Turing loin de se cantonner aux chercheurs en IA et aux aficionados du Loebner prize, est devenu un exercice que nous pratiquons tous sans nous en rendre compte. “Si je reçois un e-mail d'un ami me vantant les qualités d'une pharmacie russe en ligne”, a expliqué Christian, “je ne me précipite pas pour cliquer sur le lien, j?écris plutôt à mon ami pour lui suggérer de changer de mot de passe”.

Chaque fois que nous nous trouvons face un message électronique, nous cherchons à savoir savoir si nous avons ou non accès à un robot. Cela a des conséquences sur la sécurité informatique, a-t-il expliqué. Des systèmes comme Yahoo! qui demandent des informations personnelles assez simples pour renvoyer un mot de passe oublié appartiennent à cette mentalité robotique qui élimine la personnalité de l'internaute. Il est facile aujourd'hui de récupérer ces informations personnelles sur le réseau. Au contraire, dans un système d'authentification comme celui qui utilise la signature manuscrite, l'information n'est rien, c'est la façon de la présenter qui est tout. Brian Christian, qui n'en est pas à une jonglerie près, compare cela aux bonnes pratiques en matière de speed dating. Si vous voulez séduire, il ne faut pas parler de son travail, de son lieu d'origine, etc. Ce n'est pas le contenu qui prime, c'est le style qui fait de nous un individu.

Brian aborde bien d'autres sujets dans une intervention dense, mais souvent hilarante, sans sous-titres malheureusement, mais dans un anglais limpide et aisément compréhensible pour nous autres francophones !

Rémi Sussan

intelligence des données, langage, prospective, psychologie

  • Technologies et coopération

Internet ne nous rend pas seul, soulignions-nous dernièrement. Mais en quoi nous aide-t-il à coopérer entre nous ? Dans son nouveau livre, Ensemble : les plaisirs rituels et la politique de la coopération (Amazon, extraits), le sociologue Richard Sennett, enseignant à la l'école d'économie de Londres et à l'université de New York, s'est intéressé à la coopération. Pour comprendre pourquoi…

Internet ne nous rend pas seul, soulignions-nous dernièrement. Mais en quoi nous aide-t-il à coopérer entre nous ?

togethersennettDans son nouveau livre, Ensemble : les plaisirs rituels et la politique de la coopération (Amazon, extraits), le sociologue Richard Sennett, enseignant à la l'école d'économie de Londres et à l'université de New York, s'est intéressé à la coopération. Pour comprendre pourquoi elle se produit – et parfois, pourquoi elle ne se produit pas.

Après Craftman (L'artisan, traduit en français sous le titre Ce que sait la main : La culture de l'artisanat), qui s'intéressait à l'impulsion innée que nous avons à bien faire les choses, ce livre est le second d'une trilogie (baptisée homo faber) sur les compétences dont les humains ont besoin pour une coexistence heureuse (le suivant, annoncé, portera sur les villes). A l'heure où l'économie et les politiques publiques ont tendance à nous concevoir comme des individus isolés, Sennett fournit un récit argumenté pour faire-valoir notre envie et notre besoin de coopération.

La valeur de la coopération réside dans l'informel

Richard Sennett, l'auteur des Tyrannies de l'intimité (voir la belle synthèse qu'en avait réalisé Pierre Mounier), s'est toujours intéressé à la façon dont les relations sont façonnées par les échanges culturels. Dans Ensemble, il se lance dans une exploration sur la coopération, estime le sociologue Frank Furedi pour le Times Higher Eduction à une époque où la société est souvent vue comme égoïste et cupide. Pour Sennett, notre société contemporaine nous fait perdre les compétences de la coopération pourtant nécessaires pour comprendre la complexité de notre société.
Pour Sennett, explique Furedi, la coopération se développe par l'approfondissement de liens informels entre les gens. La coopération exige toujours une dimension volontaire et subjective, basée sur la confiance. La contribution la plus importante de Sennett, estime Furedi, est d'attirer l'attention sur la difficulté qu'ont les gens dans l'établissement et le maintien de relations informelles dans la société contemporaine. Dans son étude sur les familles ouvrières de Boston dans les années 70, Sennett avait constaté que l'une des ressources les plus importantes que les ouvriers avaient à leur disposition était les liens informels qu'ils avaient créés entre eux.

Face à la crise, estime le sociologue, les règles formelles s'avèrent souvent insuffisantes. Les recherches menées sur la façon dont les collectivités répondent aux catastrophes indiquent que les réseaux informels sont beaucoup plus souples que les institutions pour répondre à ce type de situations. Sennett explique que les “moments de crise révèlent la “fragilité de l'organisation formelle”, et, en conséquence, la force des collaborations informelles”. Lorsque Sennett interroge d'anciens cols blancs de Wall Street, 40 ans après son étude des ouvriers de Boston, il observe que la dynamique relationnelle à l'oeuvre est bien différente et montre combien les liens informels se sont distendus. Son ouvrage explique que l'informel ne peut s'épanouir que grâce à des institutions et dispositifs établis de longue date et durables. Or, la réorganisation du capitalisme depuis les années 80, la montée du travail à temps partiel, la disparition du temps partagé ont fait que l'expérience des gens les uns avec les autres et la connaissance de leurs institutions a diminué. L'innovation structurelle qui sape les processus informels agit sur la baisse de la coopération avance Sennett. Alors, comment faire pour que l'instabilité de nos organisations ne nuise pas à la coopération ?

La coopération est-elle possible quand toutes nos relations sont devenues transactionnelles ?

Toutes nos relations sont devenues un “ethos”, une caractéristique de la transaction, qui favorise une culture qui dévalue explicitement le rôle de l'informel. Les gens sont désormais tenus de suivre la procédure plutôt que de coopérer entre eux. L'expansion du processus formel par le biais de codes de conduite conduit non seulement au développement de la microgestion de comportements, mais également à la stigmatisation des réseaux informels (comme nous l'expliquait très concrètement Stefana Broadbent). Dans l'entreprise, les réseaux de pairs ou d'anciens ou la culture de la cantine sont moralement dévalués, réglementés voir interdits, alors que dans les années 70 à Boston, ils étaient le pilier principal de la coopération.

Aujourd'hui, l'informel et les comportements spontanés sont de plus en plus souvent considérés comme une violation potentielle du contrat qui lie l'employé à son employeur. Cette formalisation des relations n'est pas un sous-produit de l'excès de zèle de la gestion humaine, mais un symptôme de l'aliénation de la société face aux incertitudes de nos relations informelles, estime Furedi. Sennett observe à juste titre que “la formalité favorise l'autorité et cherche à éviter les surprises”, alors que les relations informelles sont par définition fluides et imprévisibles. La raison pour laquelle les travailleurs de Boston entretenaient des relations de coopération c'est parce que grâce à cette dynamique interactive, ils gagnaient du respect de soi et une forme d'organisation.

La formalisation des relations cherche à lier les relations informelles à sa propre logique, en les recyclant comme un outil de gestion. L'orchestration du “travail d'équipe” en entreprise en est désormais une forme connue. Alors que les coopérations réelles se raréfient, que les individus sont isolés dans leurs travaux, les gens sont exhortés à s'acquitter d'un rôle dans l'équipe. “À court terme, le travail en équipe, avec sa solidarité feinte, sa connaissance superficielle des autres”, note Sennett, “représente tout le contraire de la coopération”.

Richard Sennett
Image : Richard Sennett à Ars Electronica en 2010, photographié par Andreas Hirsch.

Dialectique contre dialogique

Alors, peut-on faire quelque chose pour rétablir des relations de confiance informelles et favoriser un climat dans lequel la coopération puisse se développer ? Sennett ne semble pas accepter que la situation ne puisse être inversée. Il est conscient qu'il n'y a pas de solutions simples à ce problème. Il voit la “déqualification” de personnes dans la pratique de la coopération comme constituant le principal obstacle à surmonter. Le problème auquel nous sommes confrontés est que nous ne savons pas enseigner la compétence requise pour la conduite des relations humaines – telles que la coopération. Nous avons un long voyage qui nous attend, et Sennett nous rappelle que nous ferions mieux de commencer à la pratiquer, estime Frank Furedi.

“Notre ignorance au sujet de la coopération, au moins comme tradition culturelle, explique pourquoi nos institutions et nos technologies sont souvent mal conçues pour faciliter la coopération”, explique David Bollier, fondateur du Groupe stratégique pour les biens communs. “Elles présument régulièrement que les êtres humains ordinaires sont incapables d'entreprendre la coopération ou la négociation de la complexité”.

Sennett évoque par exemple l'échec de Google Wave, le programme de Google lancé en 2010, destiné à faciliter la collaboration en ligne entre groupes. Pour Sennett, les raisons de cet échec sont à chercher dans le fait que Google n'a pas réussi à comprendre les dynamiques sociales de la coopération et a livré un logiciel trop complexe et trop contraignant.

“Le partage de l'information est un exercice de définition et de précision, tandis que la communication porte autant sur ce qui n'est pas dit que sur ce qui est dit. La communication fouille la réalité de la suggestion et de la connotation… Dans les échanges en ligne comme dans Google Wave, où le visuel domine, il est difficile de transmettre l'ironie ou le doute. Le simple partage de l'information ôte toute expressivité. L'étude des entreprises, des hôpitaux ou des écoles qui fonctionnent souvent sur l'e-mail ou des technologies proches de l'e-mail montre que la suppression du contexte signifie souvent la suppression du sens et amoindrit la compréhension entre les personnes.”

En d'autres termes, estime David Bollier, le potentiel de coopération est souvent saboté par les défaillances technologiques et institutionnelles qui peinent à mettre en valeur la complexité de l'expressivité sociale.

Pour Sennett, nos conversations peuvent suivre deux voies différentes. La voie dialectique qui porte sur le jeu verbal des contraires qui graduellement permet de construire une synthèse. La voie dialogique, elle, consiste plutôt en un échange mutuel pour lui-même, plus à l'écoute de l'autre, rebondissant sur les expériences de l'autre d'une manière plus ouverte.

“Beaucoup de programmes imaginent la coopération sur un mode dialectique plutôt que dialogique ce qui produit un résultat qui tend à contraindre l'expérience et inhiber la coopération” explique Sennett. “La société moderne est bien meilleure à organiser la première forme d'échange que la seconde ; meilleure à communiquer via des arguments dialectiques que de penser des discussions dialogiques.” Elle peine à imaginer la communauté comme un processus.

Le déséquilibre de nos formes d'échange

Senett distingue cinq catégories qui composent le “spectre de l'échange” : l'échange altruiste (qui implique le sacrifice de soi), l'échange gagnant-gagnant (dans lequel les deux parties font des bénéfices), l'échange de différenciation (dans lequel les partenaires prennent conscience de leurs différences), l'échange à somme nulle (dans lequel une partie l'emporte sur l'autre) et le cas où un vainqueur l'emporte (au détriment de l'autre).

Sennett, estime David Bollier, cherche à réinterroger les termes structurels de la coopération. “Nos arrangements sociaux en matière de coopération ont besoin d'une réforme. Le capitalisme moderne a déséquilibré la concurrence et la coopération et a rendu, de fait, la coopération moins ouverte, moins dialogique…” Nous passons de la coopération à somme nulle – la concurrence – à un capitalisme prédateur où le gagnant emporte tout”.

La coopération nécessite des compétences, rappelle Sennett. Parmi celles-ci il distingue les compétences d'écoute, les compétences d'expression subjective et les compétences d'empathie. “La conversation dialogique entre internautes prospère grâce à l'empathie, le sentiment de curiosité à l'égard d'autres personnes.” Ce qui évoque à Deborah Orr pour le Guardian les pratiques d'écoute respectueuses des autres des groupes d'alcooliques anonymes, très éloignés du fonctionnement des espaces politiques traditionnels.

Les séparations ne créent pas des conditions pour la coopération

Dans une lecture donnée à l'école de Design de l'université d'Harvard (vidéo), synthétisée par Lian Chikako Chang pour Archinect, Richard Sennett rappelle que la coopération consiste à faire avec les autres ce que nous ne savons faire par nous-mêmes. Mais elle semble d'autant plus difficile que les gens avec qui l'on coopère nous sont différents : la non-coopération s'accroit quand les gens qui se tournent vers vous pour recevoir de l'aide sont d'une couleur, d'une classe sociale ou d'une orientation sexuelle différente de vous.

Nous ne savons pas créer des espaces frontaliers qui ressemblent à des membranes, explique encore Sennett, alors que ce sont souvent là que les interactions sont les plus fortes. “Cette combinaison de porosité et de résistance est une précondition spatiale pour la coopération entre gens différents”.

Souvent nous avons tendance à vouloir effacer les divisions. “C'est une erreur. Nous devons plutôt marquer l'espace, qui doit avoir une certaine qualité de protection, avec une ouverture vers l'extérieur : une condition de membrane.” C'est toute la différence entre une frontière et un contour. “Une frontière signifie marquer un territoire où l'interaction s'arrête. Les tigres marquent leurs frontières : “et si vous la traversez, vous risquez des ennuis”. Une frontière est un endroit où l'interaction diminue. Une lisière est un endroit où l'interaction entre différentes espèces augmente, où l'activité biologique est plus forte. Par exemple, la lisière entre différentes couches des profondeurs de l'océan sont des endroits à forte activité alimentaire, comme là où l'océan rencontre le rivage.” Si nous savons très bien construire des frontières, comme ces autoroutes qui séparent les quartiers riches des quartiers pauvres, nous avons plus de mal à construire des lisières.

C'est la recherche de l'efficacité qui tue la coopération

Notre société moderne n'est pas une société de compétences, comme on l'entend trop souvent. Le développement de compétences dans certains domaines implique la déqualification des compétences d'autres personnes dans d'autres domaines. La compétence est consubstantielle à la déqualification, estime encore Sennett. Chaque fois que vous ajoutez une compétence à quelqu'un, bien souvent vous devez en soustraire une à un autre.

Et Sennett de prendre l'exemple de Masdar, l'emblème des villes intelligentes en construction aux Emirats Arabes Unis. A Masdar, les voitures se conduiront elles-mêmes, mais cette façon de “commander la ville” va enlever aux gens la possibilité de développer des compétences nécessaires pour y évoluer. Sur le GooglePlex, Google prend en charge ce qui importune ses employés dans le but de prendre soin d'eux. Cela semble bien au début, mais les utilisateurs du GooglePlex, après plusieurs années, finissent par trouver cela étouffant. Pourquoi ? “Parce que la commodité et l'efficacité se fait au détriment de la différence et de l'empathie.”

“La technologie peut-elle encourager l'engagement ou pensez-vous qu'intrinsèquement, elle le décourage ?” questionne un étudiant.

C'est nous qui programmons les technologies de cette façon, souligne le sociologue. Or, “les machines n'ont pas demandé à être utilisées comme elles le sont à Masdar. Il y a plein de bonnes technologies là-bas. Mais il y a aussi un centre de commandement à Masdar où 4 ou 5 types réguleront chaque jour l'ensemble de la ville. Cette utilisation là de la technologie est assurément un outil de domination.”

Quant à l'apport des technologies, la clé, estime Sennett est de regarder comment nous pouvons les utiliser de manière participative. “La technologie est trop souvent utilisée pour fourbir “l'efficacité” d'une manière qui contrôle. Nous avons besoin de repenser les technologies d'une manière plus humaine, alors que pour le moment elles sont sous le contrôle de sociétés qui s'intéressent uniquement à la normalisation et au contrôle”.

Après avoir évoqué Cabrini-Green, qui a longtemps été l'un des pires ghettos de Chicago, Richard Sennett conclut : “Je pense que les êtres humains sont capables de faire face à des situations complexes et défavorables – nous le faisons tout le temps – mais la plupart des structures sociales dans lesquelles nous vivons supposent (par leur conception même) que nous n'en sommes pas capables.”

Le constat de Sennett est clair. Les structures sociales trop formelles et infantilisantes ni nous permettent ni ne nous apprennent à coopérer.

Hubert Guillaud

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