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dernière mise à jour: 04/07/2008 14:16:49

  • Les systèmes de communications en ligne ont la cote

IM, Emails et services mobiles prendraient-ils le dessus sur les systèmes plus traditionnels de communication? C'est en tout cas la situation que semble décrire une étude commandée par la société Juniper [...]

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Les équipementiers enjambent la Méditerranée. Le fournisseur de services de télécommunications pour les Émirats Arabes Unis, Etisalat, et France Télécom annoncent, en effet, avoir conclu un partenariat [...]

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Steve Jobs, l'actuel président d'Apple et d'autres ex-dirigeants d'Apple font l'objet d'une nouvelle plainte collective (class action) déposée par des petits actionnaires de la firme à la pomme. Cette [...]

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Free communique aujourd'hui sur offre de vidéo en haute définition qui s'étend un peu plus. Ainsi, le fournisseur d'accès à Internet nous fait savoir que son service Free Home Video (vidéo à la demande [...]

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Bonne nouvelle pour les passagers aériens. Depuis mercredi, tout passager confronté à un refus d'embarquement, une annulation de vol, un retard important ou un problème de bagages (perte, retard de livraison, [...]


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dernière mise à jour: 04/07/2008 12:19:04

  • Quoi de neuf en jeux vidéo ce vendredi ?

Vidéo(s) du jour : Démo(s) du jour : GTR Evolution (SimBin Dev. Team)Première bande-annonce (MOV, 640x360, 1 min 25) d'un peu plus d'une minute pou GTR Evolution. Sacred 2 : Fallen Angel (Ascaron)Les [...]

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Micro Application lève le voile sur le contexte historique de Mozart - Le Dernier Secret, son prochain jeu d'aventure point & click qui arrivera cet automne. Voici donc dans quelles circonstances le [...]

  • OCZ SSD Core : du SSD à prix cassé ?

Du SSD pour tous ? La firme américaine OCZ a lancé cette semaine une nouvelle gamme de disques SSD, cette évolution du disque dur traditionnel avec laquelle les plateaux magnétiques sont remplacés par [...]

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Développeur à la réputation presqu'irréprochable, BioWare s'est d'abord fait un nom sur PC (Baldur's Gate, NeverWinter Nights), avant de se tourner vers les consoles de Microsoft. Si des titres comme Knights [...]

  • WRT110 : nouveau routeur MIMO chez Linksys

Linksys, filiale de l'équipementier réseau Cisco, étoffe ses gammes grand public avec le lancement d'un nouveau routeur sans fil, le WRT110, qui ne répond pas aux exigences de la future norme 802.11n, [...]


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dernière mise à jour: 04/07/2008 13:55:29

  • Une nouvelle mise à jour pour Mac OS X Leopard

Apple vient de mettre en ligne une nouvelle mise à jour pour son système d'exploitation. Ainsi, Mac OS X 10.5 (Leopard) passe en version 10.5.4, et s'offre au passage la correction de 13 failles de sécurité. Une mise à jour sécuritaire Pour commencer, ce

  • YouTube condamné à divulguer l'IP de ses utilisateurs

Dans la longue affaire qui l'oppose à Viacom (Paramount, MTV, etc.), YouTube vient d'être sommé de communiquer les adresses IP des internautes déposant sur sa plateforme du contenu protégé. Viacom, qui réclame pas moins d'un milliard de dollars à Google

  • WCOOP : 20 millions d'euros pour un tournoi de poker en ligne

L'année écoulée aura vu, entre autres, l'explosion du poker en dehors des frontières américaines. Fort logiquement les sites de poker en ligne se sont multipliés à mesure que le phénomène se répandait. La France n'a pas dérogé à la règle et ce malgré le

  • Le P2P aurait boosté Heroes et Lost

La semaine dernière, Cindy Sander nous faisait part de son avis lucide, éclairé et manifestement indispensable sur le téléchargement illégal. Cette semaine, c'est au tour de Jesse Alexander, scénariste et coproducteur des séries Lost et Heroes, de donner

  • Visite d'une hotline d'Orange

Orange nous a ouvert les portes de l'un de ses centres d'appel d'Ile de France. Situé à Montigny-le-Bretonneux, il regroupe l'assistance technique, commerciale ou encore les souscriptions aux abonnements du FAI. C'est une véritable armée de téléopérateurs


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dernière mise à jour: 04/07/2008 10:56:00

  • Comprendre notre besoin de technologie

Pourquoi est-ce que les Estoniens et les Sud-Coréens aiment les téléphones cellulaires, les ordinateurs et l'internet ? C'est la question que s'est posée Dawn Nafus, anthropologue chez Intel. Son premier sujet d'étude a consisté à comprendre justement les liens cachés entre la Corée du Sud et l'Estonie, pour saisir les raisons qui poussaient ces deux pays et leurs population à…

Pourquoi est-ce que les Estoniens et les Sud-Coréens aiment les téléphones cellulaires, les ordinateurs et l'internet ? C'est la question que s'est posée Dawn Nafus, anthropologue chez Intel. Son premier sujet d'étude a consisté à comprendre justement les liens cachés entre la Corée du Sud et l'Estonie, pour saisir les raisons qui poussaient ces deux pays et leurs population à être aussi friands de nouvelles technologies.

La carte de l'adoption des technologies

Son travail l'a conduite à créer “l'index métabolique des technologies”, une carte (haute résolution) qui montre le potentiel d'adaptabilité aux technologies, c'est-à-dire qui montre la rapidité d'adoption des technologies compte tenu du niveau de richesse des pays. La carte montre en couleurs vives les pays les plus ouverts aux nouvelles technologies et en gris, ceux où l'adoption est la moins forte. Une carte, qui, si l'on en croit les espoirs de sa créatrice, devrait permettre de remettre en cause notre vision des pays technologiques. “Notre travail ouvre de nouvelles voix pour penser les marchés”, explique la chercheuse, en dépassant la terminologie des marchés matures ou des marchés émergents.

Un travail qui montre que la fracture technologique n'est pas forcément où l'on croit : la dynamique de la diffusion des innovations ne se jouant pas entre pays pauvres et pays riches. Ainsi, la France où les Etats-Unis ne sont pas des pays où l'adoption technologique est particulièrement forte ou rapide, par rapport à notre niveau de richesse globale.

Selon Dawn Nafus, plusieurs critères semblent jouer sur la vitesse d'adoption des technologies : la taille de la population, les investissements étrangers directs. Autre constat, en Estonie, comme en Corée du Sud, les gouvernements ont profité d'un changement historique pour favoriser la rupture par les nouvelles technologies. La “révolution” politique s'est accompagnée d'une révolution technologique. Ca ne veut pas dire que toutes les révolutions seront innovantes, mais que l'innovation technologique peut-être une clef pour favoriser le changement.

Via Wired.

e-inclusion, immatériel

  • Des sites et des propos qui s?adaptent aux utilisateurs

Difficile de concevoir un site web qui satisfasse chacun. Les chercheurs de l'Ecole de management Sloan du MIT, travaillent à concevoir des sites qui s'adaptent automatiquement à chaque visiteur, explique la Technology Review. Les premières études des chercheurs ont montré qu'un site qui s'adapte à différents types de visiteurs peut augmenter ses ventes de quelque 20 %. On comprend que…

Difficile de concevoir un site web qui satisfasse chacun. Les chercheurs de l'Ecole de management Sloan du MIT, travaillent à concevoir des sites qui s'adaptent automatiquement à chaque visiteur, explique la Technology Review.

Les premières études des chercheurs ont montré qu'un site qui s'adapte à différents types de visiteurs peut augmenter ses ventes de quelque 20 %. On comprend que cela ait motivé depuis quelques temps des sites marchands, comme Amazon.com, mais la plupart des sites utilisent des cookies ou des profils pour personnaliser la relation. Le système développé par les chercheurs du MIT s'adapte à des visiteurs inconnus, en analysant leurs premiers clics et la façon dont ils se déplacent dans le site.

Exemple de pages d'un site qui s'adapte à son publicSelon John Hauser, professeur de marketing à la Sloan et auteur de l'étude Website Morphing (.pdf) sur ce nouveau procédé publiée dans Marketing Science, un site web qui utiliserait un tel système serait capable de saisir “le style cognitif” de l'utilisateur, c'est-à-dire sa façon de naviguer selon ce qu'il recherche. En retour, le site se règle par des changements subtils, rendant l'ensemble plus confortable, la navigation plus facile. “Si le système détermine que vous êtes plutôt analytique et que vous aimez bien les graphiques, vous allez vous mettre à voir beaucoup de graphiques, s'il détermine que vous appréciez les avis de vos pairs, le système va les faire apparaître”.

Les chercheurs travaillent bien sûr à adapter leurs techniques aux bannières publicitaires pour les rendre plus efficaces, rentabilité oblige. Mais ils essayent également d'aller plus avant dans le “profilage” psychologique. Après avoir réalisé un site pour British Telecom, ils se sont attaqués à développer un site pour une banque japonaise qui outre la personnalité des utilisateurs, prendrait en compte leur “attitude culturelle” (pour ne pas dire politique) selon qu'ils voient la société comme hiérarchique ou égalitaire, où qu'ils préfèrent l'individualisme à la coopération. Avec de tels procédés, on peut imaginer demain que les institutions, les sociétés, les personnalités puissent adapter leurs propos aux publics qui les visitent…

Pour Bamshad Mobasher, professeur d'informatique à l'université DePaul de Chicago, ajouter une dimension psychologique à la conception web est un sacré défi, reste à savoir si elle portera autant ses fruits que la mesure des traces des utilisateurs. Si elle sert l'efficacité de la navigation peut-être, mais si elle conduit à moduler les propos selon des critères culturels, politiques et psychologiques, on peut peut-être commencer à en douter…

Sur ce sujet, voir également : Quand les pages web se génèrent toutes seules.

économie de l'attention, complexité, identités actives

  • Doubler la durée de vie des batteries

Réduire la consommation d'énergie de nos ordinateurs en développant un système de gestion de l'énergie et des applications plus efficace qu'il n'est, telle est le nouveau projet d'Intel dont l'objectif est de nous permettre de doubler la durée de vie de nos batteries actuelles. C'est en tout cas le coeur du projet Atom, le prochain microprocesseur du fabricant : Atom…

Réduire la consommation d'énergie de nos ordinateurs en développant un système de gestion de l'énergie et des applications plus efficace qu'il n'est, telle est le nouveau projet d'Intel dont l'objectif est de nous permettre de doubler la durée de vie de nos batteries actuelles. C'est en tout cas le coeur du projet Atom, le prochain microprocesseur du fabricant : Atom peut être mis en sommeil de 6 façons différentes selon le type d'action qu'on a besoin d'accomplir, explique la Technology Review. Mais il lui manquait encore la plateforme permettant de l'optimiser. C'est fait : la “Plateforme avancée de gestion de l'énergie” d'Intel a été dévoilée début juin.

“Aujourd'hui, quand on lit un e-mail, l'écran se rafraichit 60 fois par secondes, et les périphériques comme le clavier, la souris et nos outils connectés en USB pompent la batterie en attendant des instructions”, explique Greg Allison, le responsable du projet. “On brûle de l'énergie même quand on n'en a pas besoin”. Intel a donc imaginé un système qui prend une image de l'écran que la personne lit pour le sauvegarder dans une mémoire tampon. Ainsi, plutôt que de rafraichir l'écran constamment, l'écran maintiendra une image jusqu'à ce que l'utilisateur tape sur un bouton ou bouge sa souris. Le clavier et la souris seront également endormis jusqu'à activation. Le système d'exploitation sera en plus capable de monitorer l'usage des autres applications et de limiter la consommation des programmes ou des périphériques USB qui ne sont pas activement utilisés. “Cela ne prend que 50 millisecondes pour ranimer tout le système, un laps de temps imperceptible pour l'utilisateur”, détaille son concepteur.

Intel n'est pas le premier a expérimenter cette technologie, l'Olpc l'a implémenté avec succès dans son ordinateur, lui permettant de consommer 10 fois moins qu'un ordinateur portable traditionnel. Intel discute déjà avec les producteurs de systèmes d'exploitation pour mieux intégrer cette technologie dans l'interface logicielle des machines, ainsi qu'avec ceux qui travaillent à établir les prochains standards, comme ceux qui travaillent à la prochaine version de l'USB pour que ce type de connectique soit plus économe en énergie. Si l'on en croit Greg Allison, ce nouveau type de gestion de l'énergie devrait se généraliser dans nos ordinateurs d'ici 5 ans.

Comme le rappelle le New York Times, il n'y a pas qu'Intel qui soit sur les rangs de cette nouvelle génération de processeurs économes en énergie, mais une flopée de concurrents : Nvidia, Qualcomm, Marvell, Texas Instruments… Et sur les objets portables, ceux-ci semblent bien plus en avance qu'Intel.

Ce n'est pas encore les processeurs probabilistes, qui eux aussi devraient avoir un impact sur la gestion de l'énergie, mais c'est un pas de plus vers de nouveaux seuils d'usages mobiles.

énergie, développement durable

  • Eben Moglen : ?Je ne les qualifierai pas de voleurs, sauf s?ils me traitent de pirate?

Auteur de L'Anarchisme triomphant : Le logiciel libre et la mort du copyright, et du Manifeste du Point-Communiste (The dotCommunist Manifesto, en VO), Eben Moglen est considéré comme l'un des penseurs les plus radicaux, mais aussi les plus pertinents, de la société de l'information. C'est à ce titre qu'il avait été invité par la Fing et la Quadrature du Net,…

Auteur de L'Anarchisme triomphant : Le logiciel libre et la mort du copyright, et du Manifeste du Point-Communiste (The dotCommunist Manifesto, en VO), Eben Moglen est considéré comme l'un des penseurs les plus radicaux, mais aussi les plus pertinents, de la société de l'information.

C'est à ce titre qu'il avait été invité par la Fing et la Quadrature du Net, un collectif de défense des libertés à l'ère du numérique, à venir parler, le 5 juin dernier à la Cantine, des liens entre culture et internet (vidéo).

Eben Moglen est un drôle de personnage, au parcours impressionnant et à la verve vivifiante. En 1973, a 14 ans, il gagnait déjà sa vie en tant que développeur. En 1979, IBM lui demande de tester Lisa, le tout premier ordinateur doté d'une souris et d'une interface graphique. Pour Moglen, c'est une catastrophe :

Cette machine incarne la fin du langage en relation avec l'ordinateur, c'est l'interface de l'homme des cavernes : tu vises et tu grognes. Si on résume l'interaction homme machine à viser et grogner, on écarte le rôle du langage dans l'évolution de l'esprit humain et de sa conscience. Le langage est ce qui nous rend plus intelligent, si nous n'utilisons pas le langage pour communiquer avec les machines alors ni nos cerveaux ni ceux des machines ne s'épanouiront comme ils devraient le faire.

Eben MoglenPassionné par la programmation, il ne supporte pas ce que l'on qualifie depuis de cliquodrôme, et décide alors de quitter l'informatique pour entamer des études de droit. En 1991, il est convaincu, en tant qu'avocat, qu'il lui faut travailler “pour les libertés au 21e siècle”. Son passé d'informaticien le fait s'intéresser aux nouvelles technologies, et plus particulièrement à la cryptographie : “Nous en avions besoin pour deux raisons : garder les secrets à l'abri du gouvernement et faire du commerce électronique”.

Il découvre Pretty Good Privacy (PGP), le pionnier des logiciels de cryptographie grand public, et écrit à son auteur, Phil Zimmerman pour le féliciter et lui proposer ses services : “Bravo, tu vas changer le monde ! Tu vas aussi ne pas tarder à être dans une merde noire. Sache que lorsque ça te sera tombé dessus, je pourrais t'aider”.

Dix jours plus tard, le FBI frappait à la porte de Zimmerman, accusé d'exportation illégale de munitions sans licence. A l'époque, la cryptographie était en effet assimilée à une arme de guerre. Et le gouvernement n'autorisait l'exportation que des seuls logiciels dont il pouvait casser les codes -ce qui n'était pas le cas de PGP. Eben Moglen fut ainsi de ceux qui contribuèrent à sa défense, et donc à la libéralisation, “de facto”, de la cryptographie.

C'est d'ailleurs ce qui entraîna Richard Stallman, autre pionnier de la défense des libertés à l'ère numérique, à lui proposer de participer à l'élaboration de la GPL, la plus connue des licences de logiciels libres. Depuis, Eben Moglen, toujours professeur de droit de l'université de Columbia à New-York, préside le Software Freedom Law Center (le Centre de droit pour la liberté des logiciels), qui soutient juridiquement le développement des logiciels libres et open source.

Il parcourt également le monde pour promouvoir le logiciel libre, et défendre les libertés qu'il considère menacées, notamment, par les industriels reposant leurs modèles économiques sur la “propriété”, une notion qu'il estime condamnée. Après avoir défendu le droit au secret des correspondances, puis celui des logiciels libres, il estime que la “prochaine frontière”, et le combat qu'il convient de mener, est aujourd'hui celui du droit à l'oubli, et à la protection de la vie privée.

Extraits choisis, traduits, compilés et (“librement”) adaptés de ses propos, tenus majoritairement en anglais :

“Porter plainte contre vos clients, ce n'est pas un business model”

37 000 personnes ont été poursuivies aux Etats-Unis pour partage de fichiers musicaux par les groupes d'intérêts représentant les majors musicales. 77 millions de dollars ont ainsi été gagnés par ces industriels, mais ils n'ont pas versé un centime aux musiciens.

Et comme nous l'avions prévu, ces actions coercitives n'ont en rien empêché la reprise en main de la distribution culturelle par les jeunes du monde entier.

“Porter plainte contre vos clients, ce n'est pas un business model”, avait déclaré Michael Dell. Ca témoigne aussi du mépris avec lequel l'industrie du disque traite ses clients. L'objectif est de leur faire peur, afin de pouvoir leur vendre de l'air, et faire des profits sur des biens qui ne coûtent rien.

Parce qu'une fois numérisé, le coût de reproduction d'un fichier est quasi nul. Et dans une économie à coût 0, où tout peut-être copié, partagé, échangé, réutilisé, remixé, il est difficile de nous demander de ressortir de chez nous, et d'arrêter d'être des humains sociaux, parce que cela contrevient aux intérêts marchands de quelques-uns qui ont décidé d'entrer, de force, dans chacun de nos ordinateurs en nous disant que désormais, il faudra suivre leurs règles.

Car à côté des actions juridiques, les “propriétaires” ont aussi essayé de contrôler les technologies de traitement de l'information, en y installant des DRMs, abusivement appelés “systèmes de gestion de droits numériques”, alors qu'il ne s'agit que de systèmes de contrôle des actions des usagers.

Mais ces efforts ont eux aussi été sans effet, car les technologies de contrôle transfèrent le pouvoir aux industriels qui commercialisent ces technologies, plus qu'aux industriels de la musique, et tout en reléguant les artistes encore plus loin.

“Un contrôle de type soviétique dans une société post-soviétique”

Comme les efforts pour contrôler directement les comportements du public (…) étaient aussi inefficaces les uns que les autres, (et) comme les industries propriétaires ne pouvaient pas risquer d'être encore plus détestées par leurs clients, (…) elles cherchent aujourd'hui à faire faire le “sale boulot” par l'Etat, et les fournisseurs d'accès à l'internet, qui sont invités à faire front avec elles pour sauver ce qui peut l'être.

Les Etats investissent des sommes considérables pour permettre à tout un chacun d'être relié à l'internet, et un avocat californien vient leur demander d'en exclure certains parce que ce serait bon pour son business et qu'ils n'ont pas un comportement “responsable” ? C'est un contrôle de type soviétique dans une société post-soviétique basée sur les libertés offertes par les technologies. Mais combien de temps la farce va-t-elle durer, et quels dommages collatéraux cela va-t-il engendrer ?

C'est une campagne visant à effrayer les gens afin de leur faire croire que la prédisposition naturelle de l'espèce humaine au partage serait anormale, inacceptable, et criminelle. Mettons-nous donc d'accord sur le fait que de décider que quelqu'un sera exclu de l'internet est en contradiction insoluble avec les objectifs des pouvoirs publics du 21e siècle. Au lieu de nous préparer à exclure une génération du net parce qu'elle croit au partage, notre intention doit être d'encourager et construire les technologies et les comportements sociaux qui rendent le partage inévitable.

“Un monde de sociabilité complète et totale”

Cette société est la nôtre, ses réseaux aussi, et nous les avons conçus, créés, développés, construits et entretenus pour échanger des informations, pour donner du pouvoir et des libertés aux gens, pas pour les contrôler ni pour les appauvrir culturellement parlant. Et c'est ce pour quoi la culture tend aujourd'hui à se libérer.

La génération qui a créé l'internet a grandi en écoutant au walkman des compilations de chansons enregistrées à la radio. Aller à l'encontre du partage des fichiers, c'est aller à l'encontre du sens et du fonctionnement des réseaux, de la technologie et de l'évolution de la société de l'information. Et c'est aussi vain que d'essayer d'arrêter un cheval une fois qu'il est parti au galop.

Les humains sont des animaux sociaux qui ont besoin de communiquer, d'échanger, de partager, d'interagir. Et nous approchons d'une époque formidable où tout le monde pourra se connecter, sans intermédiaire, à tout un chacun. Un monde de sociabilité complète et totale. Nous savons comment apporter, à faible coût, la possibilité de communiquer avec le monde entier. Et nous pouvons éradiquer l'ignorance, comme la génération passée s'est débarrassée de la variole.

Dans quelques années, il paraîtra tout à fait normal à tout un chacun de pouvoir communiquer avec n'importe qui, de n'importe où, aussi longtemps qu'il l'entend, librement et sans probablement avoir rien à payer, grâce à la VOIP et au développement des technologies sans fil. Et ce qui arrive aujourd'hui à l'industrie de la musique aujourd'hui arrivera demain à celle de la téléphonie du fait de la VOIP qui, elle non plus, ne coûte rien ou presque. Tout un chacun pourra devenir son propre opérateur. Alors c'est vrai qu'en contrepartie, certains industriels doivent accepter de voir leurs marges et leur profitabilité réduites.

“Je ne les qualifierai pas de voleurs sauf s'ils me traitent de pirate”

Il faudrait d'ailleurs qu'ils admettent qu'ils militent pour l'ignorance, pour l'acculturation, qu'ils revendiquent le fait que vous ne devriez avoir accès à la culture que dans la mesure où vous avez assez d'argent pour vous l'offrir, ou plutôt l'acheter. Et plus ils agiront de manière brutale, déraisonnable, disproportionnée, plus ils se discréditeront.

Je ne les qualifierai pas de voleurs sauf s'ils me traitent de pirate. Les artistes n'ont rien à craindre des gens qui aiment ce qu'ils font. Les amateurs de musique ne peuvent pas faire de mal aux artistes qu'ils apprécient, même si les industriels s'acharnent à le leur faire croire.

Car le problème n'est pas tant d'empêcher les gens de “voler” des fichiers que d'empêcher les artistes de découvrir qu'il existe des alternatives, et qu'ils peuvent vivre sans ce genre d'intermédiaires. On assiste en effet à un retournement d'alliance, au détriment de l'industrie, entre ceux que l'on appelait des “consommateurs” et ceux que l'on appelait des “producteurs”.

Et ce qui menace le plus l'industrie du disque, ce n'est pas l'amateur de musique et d'échanges de fichiers, c'est le fait que Madonna, et plein d'autres, commencent à quitter leurs maisons de disque car n'ont plus grand chose à leur apporter, contrairement aux tourneurs et aux organisateurs de concerts.

“Le problème est de maintenir autant que possible le cours de leurs actions”

Leur problème n'est pas tant de “restaurer” leur business model : il a vécu et est aujourd'hui dépassé. L'industrie des biens culturels tiendra peut-être encore 15 ans, et d'ici là, soit ils auront adapté leurs modèles économique à la réalité de l'internet, soit ils auront disparus, remplacés par des entrepreneurs moins ignorants des technologies et de leurs usages, et plus respectueux des gens.

Le problème est de maintenir autant que possible le cours de leurs actions, et d'éviter de voir leurs actionnaires fuir, à l'image des mélomanes et des artistes. Car l'autre grand problème pour l'industrie du disque, ce sont ses actionnaires, à qui il faut rendre des comptes, distribuer des dividendes. D'où des efforts désespérés, et risqués, visant à prolonger autant que faire se peut le modèle économique d'une industrie en péril, sinon vouée à disparaître.

Alors ils vont chercher à faire beaucoup de bruit, à se défendre, c'est normal, mais c'est un combat d'arrière-garde. Nous assistons à la fin de la culture propriétaire ; il reste encore quelques obstacles à franchir, ou à faire tomber, mais le temps approche où les intérêts financiers de quelques-uns ne pourront empêcher les autres de bénéficier des mêmes services, mais de façon “libre”.

C'est pourquoi ils parlent de vous bannir de l'internet, c'est l'internet que vous avez bâti, que vous faites tourner, que vous utilisez pour améliorer la vie des autres, et dont vous vous servez pour faire leur business, mieux qu'eux.

“Rien ne sert de s'énerver : il faut juste les ignorer”

Alors rien ne sert de s'énerver : il faut juste les ignorer, se battre pour qu'ils ne changent pas trop la loi, et continuer à programmer du code comme nous le faisons depuis 20 ans maintenant : nous avons le matériel, les logiciels, la bande passante, la culture, les talents…

“Proof of concept + running code” (une preuve de faisabilité + un code qui marche, NDT), c'est notre façon à nous de nous battre et de nous défendre en disant aux gens : “regardez, nous avons déjà fait ceci, et puis cela, ça marche, alors si vous voulez le tester, allez-y, servez-vous, c'est libre et gratuit !” Dans le même temps, les “propriétaires” ne nous proposent que des frais d'installation “gratuits”, et pour 30 euros par mois pendant la première de vos deux années d'abonnement obligatoires. Ils ne peuvent pas concurrencer le libre…

Nous n'avons besoin de rien, ni de changer la loi, ni d'en faire adopter de nouvelles, ni de détruire ni de créer quoi que ce soit, ni de venture capitalists, ni de position monopolistique… La beauté de notre position tient au fait que de toute façon nous gagnerons, alors laissez-nous tranquille. La seule chose que nous demandons, à l'Etat, c'est d'éviter de créer des injustices au bénéfice de quelques-uns.

“Le droit à l'oubli est la prochaine frontière”

Les ennemis de la communication ont de tout temps existé : qui contrôle l'esprit et les destinées des gens ? Le mouvement visant à “libérer” les technologies est la seule façon d'éviter que nous en arrivions à être contrôlés par la technologie. Les moteurs de recherche savent déjà ce qui m'intéresse, voire ce que je désire, et cherchent aussi à prédire mes comportements ; si l'on y rajoute des technologies comme le GPS, la vidéosurveillance, etc., on aboutit à une main-mise potentielle qu'aucun des états totalitaires du XXe siècle n'a jamais atteint.

Les “logs” et la collecte des données sont la grande ruée vers l'or du XXIe siècle. Et nous avons besoin de logiciels libres pour protéger la vie privée des internautes. Car les principaux bénéficiaires de ce genre de fouille de la réalité sont aujourd'hui les compagnies privées, qui cherchent à cibler leurs publicités à destination des consommateurs.

Mais que se passera-t-il lorsque l'Etat trouvera habituel d'acheter des données pour “profiler” les jurés, les étudiants, les salariés, les enfants… ? Et que se passerait-il si l'on commence à l'appliquer aux électeurs, afin de distinguer ceux qu'il conviendrait d'attirer hors de la ville, et ceux qu'il faudrait plutôt maintenir à demeure, le jour des élections ?

Nous ne mesurons pas encore l'ampleur des problèmes sociaux qu'entraînera la fin de l'oubli. C'est la prochaine frontière, la prochaine étape, après le droit à la cryptographie, et la révolution du logiciel libre.

Voir aussi les autres conférences, traduites en français, d'Eben Moglen sur Framablog. Et merci à la Quadrature du Net pour la captation vidéo, et la retranscription mot à mot des propos.

culture libre, réseaux sociaux, surveillance

  • Vouloir un web coopératif

En 2006, Time Magazine nous nommait, nous tous, "personnes de l'année". L'explosion des blogs, des plates-formes de partage d'images, des réseaux sociaux, donnait le sentiment d'une prise d'assaut de l'univers médiatique par son propre public. Mais en page intérieure du numéro de l'année suivante, l'hebdomadaire reproduisait presque la même couverture, avec un autre titre : "Personne de l'année : Eux",…

La couverture de 2006En 2006, Time Magazine nous nommait, nous tous, “personnes de l'année“. L'explosion des blogs, des plates-formes de partage d'images, des réseaux sociaux, donnait le sentiment d'une prise d'assaut de l'univers médiatique par son propre public.

L?image de 2007Mais en page intérieure du numéro de l'année suivante, l'hebdomadaire reproduisait presque la même couverture, avec un autre titre : Personne de l'année : Eux, eux les médias, les puissants, les influents.

Que s'est-il passé d'une année sur l'autre ? MySpace est devenu un système pour vendre de la musique. Des élections en France et ailleurs ont montré que, si l'internet offre un puissant moyen d'organiser les convaincus, ce sont encore les médias qui convainquent les indécis. L'argent de la publicité n'a pas afflué vers les sites sociaux, entre autres, comme a pu le constater Facebook, parce qu'elle n'y est pas facilement la bienvenue. Cela suffit-il vraiment ? Il doit bien y avoir autre chose !

Oui : la prise de conscience que le web “massivement relationnel” ne transforme pas à lui tout seul la vie démocratique, ni les médias. Qu'il faut le vouloir.

Portabilité, propriété

La discussion sur la “portabilité” des profils associés aux réseaux sociaux est sans doute la plus symbolique du moment.

Elle marque d'une part la fin d'une certaine naïveté vis-à-vis des acteurs du web 2.0 : Rupert Murdoch, Yahoo! Time Warner, Google ou Microsoft y sont pour gagner de l'argent, pas pour transformer le monde en coopérative.

Mais elle signale surtout que l'explosion des “contenus générés par les utilisateurs” provient plus d'une soif de relation que d'une exigence de participation, au sens d'une intervention dans les décisions et processus collectifs. En nous distinguant en 2006, Time nous prêtait sans doute des intentions, voire des capacités, qui n'étaient pas les nôtres.

Le succès des blogs a pu faire croire que l'enjeu, pour les individus, était de devenir médias [1]. En fait, ils étaient pendant quelques années le meilleur dispositif pour s'exposer à son cercle de relation et pour l'étendre. En 2004, le blog était le logiciel relationel. Aujourd'hui, les réseaux sociaux tels que Facebook, Linkedin, Meetic et MySpace ont clairement pris le relais (et comme par hasard, l'annuaire des blogs Technorati a cessé d'évaluer le nombre de blogs depuis un an?). C'est le web tout entier qui révèle sa vrai nature : être une plateforme relationnelle.

Car c'est bien mon identité et l'enrichissement, l'extension, l'exploitation, l'évaluation et la projection de ma relation aux autres qui constitue le c?ur du web 2.0. Un rapport de Morgan Stanley (.pdf) indique ainsi qu'en 2007, 16 % de notre temps en ligne était consacré à entretenir des connexions sociales, une activité que l'on ne mesurait même pas il y a 3 ans.

D'où le caractère central du profil et de la liste d' “amis”, et la montée d'une demande de “portabilité” qui est en fait une revendication de propriété : “c'est moi, c'est à moi !”

La révolution des petits riens

Publier ses photos de vacances, partager son amour de Tokyo Hotel, dire dans quel état on s'est réveillé, organiser finement sa liste d'amis, ne relève vraiment ni de l'expression publique, ni de la “participation” au sens où l'entendent les militants des médias citoyens et de la “sagesse des foules”. Ces foules-là ne sont pas sages, même si elles peuvent être créatives ; leurs pratiques sont quotidiennes, ludiques, microsociales. Que peut-on en dire d'édifiant ? Pas grand-chose. En quoi cet “univers massivement relationnel” qu'est devenu le web (et, pour rejoindre Alexis Mons, que pourrait rapidement devenir tout l'internet) ressemble-t-il à cette “société de la connaissance” qu'on nous décrit depuis quinze ans ? Pas grand-chose non plus.

L'homme est un animal social et le web est son terrain de jeu. Mais nous savons mal rendre compte du jeu, du quotidien, des petites choses de la vie sociale. Nous avons du mal à parler de ce que nous proposions d'appeler l'Entrenet, cet univers des pratiques individuelles mais pas privées, coopératives mais sans intention ni but particulier, publiques sans y penser, communautaires sans communauté bien définie?

S'il y a une révolution internet, du côté des individus, c'est une révolution du quotidien, des routines, des petits riens.

Où trouver du collectif ?

Reste qu'il semble difficile de trouver du collectif dans ce web relationnel. Cela ne signifie pas qu'il ne se passe rien de collectif dans cet EntreNet, ni qu'on ne puisse rien en tirer vis-à-vis du fonctionnement des médias, de la culture ou de la démocratie. Mais il faut aller chercher ces effets à la loupe, en en épousant les pratiques, et en admettant qu'ils puissent être des résultats plutôt que des projets.

Les agrégations spontanées

Dans leurs travaux sur “la force des coopérations faibles“, Dominique Cardon et les équipes du laboratoire SENSE d'Orange Labs démontrent que, dans les espaces du web 2.0, les productions ou les organisations collectives sont le plus souvent des “émergences”, des agrégations spontanées, qui se constatent a posteriori et ne doivent rien à une intention, voire à l'existence préalable d'une communauté quelconque.

Au contraire, cette forme de coopération se fonde d'abord sur l'individualisme, sur la volonté de se singulariser pour se relier aux autres. Mais à force d'étiqueter des lieux, nous pouvons changer notre perception de l'espace urbain ; à force de raconter son cas, des connaissances inédites s'accumulent dans les forums consacrés aux maladies orphelines ; à force de se comparer, les photographes de fleurs finissent par devenir une communauté dans FlickR?

Elle peut même émerger sans aucune intervention consciente des individus, comme l'imagine Tim O'Reilly en décrivant le sens collectif que l'on peut tirer des simples traces que laissent les individus.

Et pour que cela continue de marcher, il faut peut-être surtout ne rien en dire. Si les blogs et les forums ont, pendant quelques jours, efficacement suppléé à la carence des institutions et des médias juste après le cyclone Katrina, les tentatives de formaliser leur rôle en cas de futures catastrophes ont fait long feu.

L'outillage des coopérations

Le web équipe les coopérations, les dote d'outils pour s'organiser, produire ensemble, capitaliser, diffuser. Il est en revanche intéressant de constater que les dispositifs du “web social” (de RSS aux wikis, des “tags” aux plates-formes de partage, des réseaux sociaux aux agrégateurs?) outillent toutes les formes de coopération, des plus faibles aux plus fortes.

Ces outils leur permettent d'atteindre des échelles sans précédent de taille et de puissance. Qu'on pense aux Tibétains, à Wikipedia, aux référendums sur la constitution européenne, et à beaucoup d'exemples moins visibles mais tout aussi importants au sein des entreprises.

Mais on remarquera aussi que ces coopérations s'appuient sur des principes, des outils et des processus extrêmement simples et qui structurent très peu les processus de coopération. Il ne s'agit pas d'une collaboration organisée et planifiée, mais juste d'une “force brute” : celle du nombre.

En termes purement économiques, c'est sans doute formidablement inefficient. Mais humainement beaucoup plus satisfaisant.

Le décodage

Les réseaux sociaux ont cette particularité d'organiser, d'encoder les relations, donc d'en rendre le fonctionnement suffisamment explicite pour qu'il se traduise en programme informatique (en “lignes de code”, qui sont en quelque sorte les composantes élémentaires du code social qui les tisse).

Or si l'on parle de “codes sociaux”, cela indique qu'il leur faut d'habitude, pour fonctionner, un peu d'opacité. En cassant cette opacité, on ouvre une véritable boîte de Pandore : d'un coup, on sait si l'on est, ou non, l'”ami” de quelqu'un, si l'on fait partie de sa première ou de sa seconde liste, s'il est aussi l'ami de cette fille que je déteste, si cette petite attention m'est réservée ou non…

Les réseaux sociaux nous offrent de jongler avec ces codes devenus explicites, donc reprogrammables.

Cela vaut aussi pour nos relations aux grands systèmes : aux systèmes de scoring des entreprises avec lequel on jouera en remplissant leurs formulaires, à la ville que, grâce à Google Maps ou d'autres représentations en deux et trois dimensions, nous nous habituons à survoler, c'est à dire à voir dans son ensemble, à la même échelle que nous. Ce qui est une manière de prendre confiance et de s'autoriser à agir, à changer les choses, pour soi, pour ses proches, pour son quartier, pour le monde ? la différence n'est peut-être plus aussi nette qu'auparavant.

Appeler la participation

On aurait donc tort de penser qu'un web massivement relationnel annonce, par construction, un monde massivement coopératif. Parce que ça n'est pas le problème principal des utilisateurs. Et parce que ça n'est pas du tout le problème des opérateurs des plates-formes du web 2.0.

L'internet et le web (2.0) peuvent outiller des formes de coopération, des expériences politiques inédites et fécondes. Mais ces formes ne s'étendront pas toutes seules au-delà du cercle restreint des activistes. Elles ne se passeront pas d'une volonté.

Alors d'où cette volonté pourrait-elle venir ?

  • Des activistes, bien sûr, auxquels on devra (du moins au départ) les hacks qui libèreront nos profils, les initiatives collectives les plus innovantes, les formes juridiques les plus propices au partage, les méthodes de coopération et les formes de débat, etc.
  • Des institutions. L'édition 2007 de Ci'Num proposait comme défi celui de “mailler institutions et réseaux dans la gouvernance d'un monde complexe”. C'est visiblement ce qui s'essaie au Royaume-Uni, où des acteurs publics s'engagent en faveur de la co-production avec les citoyens d'innovations sociales, de la science, du service public (voir aussi ici), de l'Etat, de la création citoyenne?
  • Des médias, qui doivent à la fois apprendre à intégrer ce qui leur arrive de témoignages, d'images, de commentaires et de contributions plus structurées, à vivre avec la concurrence des médias personnels, et à redéfinir une médiation collective (et désormais facultative) entre l'information et ceux qui la reçoivent. Comment développer une médiation journalistique entre internautes et médias ?. Les règles professionnelles de hiérarchisation, de recoupement de déontologie, sont plus que jamais nécessaires pour faire le tri dans la masse, pour ne pas se contenter des apparences, pour différencier faits et opinions. Encore faut-il que les médias se l'appliquent à eux-mêmes.
  • Des designers, qui sont sans doute mieux armés que d'autres pour relier l'individuel et le collectif, l'expressif et le jouissif. Un Bruce Sterling, ou encore les promoteurs de Jerusalem 2050, affirment clairement que c'est aujourd'hui aux designers de sauver le monde. Chiche !
  • Qui d'autre ?

Et si je ne veux pas participer ?

La mutation vers le web relationnel est donc extraordinairement féconde, mais elle crée également ses propres problèmes. Nous en citerons trois :

  • La “normativité participative” : allons-nous un jour nous voir reprocher de ne pas avoir publié sur le blog de notre entreprise ? Personne, ou presque, ne peut être actif partout. Réguler ses degrés d'engagement est une liberté essentielle, qui s'exerce clairement dans l'articulation des formes de communication en ligne. Et la communauté “Intelligence collective” animée par la Fing a montré que les “inactifs” remplissaient un rôle utile dans la vie d'un groupe.
    Valoriser par dessus tout la participation active et verbale à un groupe reflète sans doute des valeurs assez occidentales, et fait appel à des compétences dont la distribution sociale est très inégale. Les nouvelles stars du web social valent-elles toutes mieux que les anciennes ? Et si ma manière à moi, c'est de réfléchir et d'agir en silence ?
  • La trop séduisante “sagesse des foules (du titre de l'ouvrage de James Surowiecki, dont on peut si l'on veut lire ici une sévère critique), sur laquelle on est facilement tenté de s'appuyer en niant au passage celle des experts, des médiateurs, des scientifiques, des lobbies même… Séduction paresseuse et donc potentiellement dangereuse, lorsqu'elle dispense de chercher les rapports de force qui façonnent nos société, ou d'affirmer sa divergence qui façonne nos débats. Le propre de l'expert ou de l'intellectuel, c'est qu'on peut être en désaccord avec lui et par là, devoir formuler sa propre analyse.
    L'internet donne corps et vie à des “intelligence collectives”, avec des résultats souvent spectaculaires. Veillons à ce qu'il n'étouffe pas sous la masse l'idée qui ne s'exprime pas en ligne, celle qui ne parle pas la langue, celle qui est décidément trop neuve.
  • L'échange avant la création : dans le web social, la valeur, voire la légitimité se déplace de la production vers l'échange, du producteur vers le public ? certes devenu, lui aussi, plus ou moins producteur. Les plates-formes sociales par lesquelles se découvre aujourd'hui la musique se fichent bien de promouvoir (et encore moins de financer) la création : on ne manque pas de musiciens qui rament ! Qui prendra le risque de soutenir une création ou une idée originale et qui coûte cher, dans la phase où l'on ne peut pas la présenter à un quelconque public ?

De petits déplacements en petits déplacements, c'est l'échelle des valeurs que nous partageons qui se transforme. Nous aurons sans doute à inventer une forme d' “éthique 2.0″. Qui commencera par le permis de s'en foutre, de s'investir ailleurs, de consommer, de rêvasser, de réfléchir très longtemps…

***

Pourrons-nous un jour retrouver les honneurs de la couverture de Time ? Peut-être, le jour où nous aurons vraiment, consciemment, pris la décision de changer la manière dont nous participons aux affaires du monde. Comme la consécration de nos efforts, donc, plutôt que comme une divine surprise.

Hubert Guillaud et Daniel Kaplan

1] [1] Devenir média est le titre d'un ouvrage d'Olivier Blondeau (avec la collaboration de Laurence Allard, Editions Amsterdam, 2007), mais celui-ci s'intéresse spécifiquement à l'activisme sur l'internet.

coopération, réseaux sociaux, web 2.0


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dernière mise à jour: 04/07/2008 13:26:34

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